• L'Odyssée de la Conscience


          En méditant, je me suis souvenue soudain de ce film extraordinaire : « 2001, l'Odyssée de l'Espace » qui a soulevé tant de passions et d'interrogations à tous, tant au plan de l'aventure humaine qu'il retrace qu'aux plans symbolique et psychologique.

           À lire l'article très fourni publié par Wikipedia (ici), on devine l'immensité du sujet. Mais je préfère m'en tenir à ce qu'il m'inspire aujourd'hui, à travers les quelques souvenirs fragmentaires que j'en ai conservés.

              De nombreux indices montrent que le véritable sujet du film n'est pas « l'Espace », mais « la Conscience »... Tout d'abord la musique très célèbre qui en accompagne le début : l'ouverture de « Ainsi parla Zarathoustra », de Richard Strauss. Richard Strauss croyait comme ses contemporains à la puissance de la conscience humaine et s'il a voulu saluer l’œuvre célèbre de Nietzsche c'est parce qu'il en partageait totalement les conclusions - notamment au sens du développement intérieur.

     


    Richard Strauss,  Ainsi parla Zarathoustra, ouverture (lever de soleil)
    Orchestre Symphonique de Boston - William Steinberg


          Ensuite parce que l'on découvre au début du film nos ancêtres anthropopithèques, à demi couchés sur le sol et survivant misérablement ainsi que des animaux (donc vivant "à l'horizontale", comme parties intégrantes de la Nature), recevant soudain "de l'espace" une pierre noire fabuleuse qui va les faire se mettre debout ! C'est à dire, vivre "verticalement" car cette pierre venue de "l'au-delà" et rappelant un peu la "pierre noire" de l'Islam qui serait tombée du Paradis, est en fait le simple prétexte pour eux de regarder en l'air, vers l'espace... Ce qui va leur donner conscience d'eux-mêmes et les pousser à se développer sans cesse et sans cesse davantage.

     

    L'Odyssée de l'espace -début

     
            Que pensent-ils qu'il y a dans l'espace ? Un Dieu ? Des extraterrestres ? Ou en d'autres termes : une intelligence qui les dépasse ? Eh bien ! Ils ne le sauront qu'en l'explorant, cet espace. Aussi s'y essaient-ils - devenus humains intelligents du XXIe siècle.

            Mais pour cela ils utilisent les moyens qui sont les leurs : des moyens mentaux.

            Or, remarquez qu'il n'est pas nécessaire de remonter à "l'aube de l'humanité" pour s'apercevoir que cette situation rampante et indifférenciée est celle du petit enfant qui ne sait pas encore marcher (ni parler) ; et qu'à partir du moment où il se lève et se lâche, il prend conscience de lui-même en tant qu'individu, et commence à concevoir l'univers qui l'entoure en termes mentaux, c'est-à-dire en structurant tout, temps, espace, choses, actions, et en nommant et séparant chaque élément, pour ensuite établir des relations entre eux. Ainsi il développe une sorte de "toile d'araignée" mentale sur le monde qui devient alors l'équivalent d'une structure d'ordinateur... Analogue à ce fameux terrible ordinateur nommé "Carl", qui conduit le vaisseau spatial (= corps physique) du héros parti à la conquête de l'espace - ou de lui-même ?

     

    Le super ordinateur

     
          C'est là que j'en arrive à ma méditation.

         Observez-vous. Si vous ne vous observez pas, vous n'entendrez pas que "ça parle" dans votre tête. Par exemple ça dit : « Mange ». Si vous n'écoutez pas, vous penserez simplement : « J'ai faim ». Et vous mangez. Ensuite ça dit : « Tu devrais mettre de la musique ». Ah ! oui, vous aviez simplement pensé : « Tiens ! Si je mettais de la musique ? » Et vous mettez de la musique. Puis ça dit : « M'embêtent, ces voisins, avec leur bruit de tondeuse ». Et vous ressentez de l'irritation. Et puis : « Si j'écrivais sur mon blog ? » Heureux, vous vous précipitez...

         Et en fait, si vous observez bien, c'est "l'ordinateur de bord" qui fournit des informations à votre conscience et qui pousse ensuite votre corps à obtempérer, comme une bonne petite machine bien programmée, programmée pour vous occuper tout le temps, pour que vous ayez toujours quelque chose à faire ou à penser parce que sinon vous vous ennuieriez. Alors l'usine tourne à plein ; vous n'arrêtez pas. Et cela produit le temps... tout cela se déroule inexorablement ; et cela produit le mouvement... ça "bouge" sans cesse, ça crée une agitation perpétuelle comme une cheminée d'usine qui souffle sa fumée. Parfois j'ai l'impression que mon mental est un distributeur automatique qui me présente des plats : « Tu veux ça ? Tu veux ça ? Et ça, tu veux ? » Ça n'arrête pas !

           Mais vous ? Vous ? Qu'avez-vous à voir dans tout cela ? Si vous observez vraiment, vous voyez que vous n'êtes pas concerné ; vous voyez que cela se passe souvent à votre insu, malgré vous. Tant que cela marche bien, c'est tant mieux... C'est ce qui arrive au début du voyage intersidéral du héros. Mais il y a un moment, un jour où vous sentez que l'ordinateur fait son petit cinéma tout seul, et que vous n'êtes pas le maître à bord. Il y a un jour où, comme le spationaute survivant vous découvrez que cet "ego" a pris "la grosse tête" et qu'il faut en venir à bout sous peine de mort !

     

    L'Odyssée de la Conscience


            Alors vous le déprogrammez. Vous dites non. Et vous regardez en dehors de lui, ce qui le dépasse, l'espace environnant. La "pierre noire" réapparaît, peut-être autour de Jupiter qui en astrologie comme en mythologie représente le "Père", le "Guide", le "Dieu" ou le "Maître" mais n'est rien de plus qu'un élément de ce vide infini sur lequel vous vous appuyez pour vous propulser loin, très loin ... Et vous découvrez qu'il n'y a pas de limites à ce que vous êtes, à votre Vision, à votre Lumière ! Vous découvrez que vous ne contrôlez rien à une Vie incroyablement immense et jubilatoire ! Que vous êtes lancé comme un électron libre dans un espace qui, même en l'absence de cette protection qu'était le vaisseau spatial (un corps physique, émotionnel et mental bien contrôlé et pourvu de défenses organisées) ne vous fait aucun mal mais au contraire vous porte et vous protège comme un cocon d'Amour.

          En effet, quand enfin dans l'inconnu le plus absolu vous vous déposez, ayant retrouvé le Silence et la Paix, c'est le corps d'un vieillard dans lequel vous ne vous reconnaissez plus qui renvoie le germe de la vie humaine vers une Terre que vous seul pouvez concevoir et chérir.

          ... Et c'est ainsi peut-être que l'on peut comprendre cette phrase que j'ai entendue maintes fois mais dont je ne peux me rappeler l'auteur (oriental) :

    « Au début, les montagnes sont des montagnes et les rivières sont des rivières.

      Ensuite, les montagnes ne sont plus des montagnes et les rivières ne sont plus des rivières.

      À la fin, les montagnes sont de nouveau des montagnes et les rivières sont de nouveau des rivières. »

     
         Ainsi sur la planète improbable où disparaît le héros il n'y a plus rien, car tout est déprogrammé. Mais c'est consciemment qu'il va revenir au monde, et alors de nouveau il percevra notre planète avec ses montagnes, ses fleuves, sans subir cette fois la programmation mentale qui le faisait petit, isolé et menacé... En sachant que ce n'est qu'un jardin, un terrain de jeu pour lui dans l'immensité de son champ d'expérience.

     

    Montagnes

     

              


  • Commentaires

    1
    Dimanche 29 Janvier à 12:29
    Sabine la pèlerine

    Encore un texte GRANDIOSE !

    Nous sommes sans limite, l'amour que nous pouvons offrir et celui qui nous est donné chaque jour par petites touches de miracles sont également sans limite ..........................!

    Je crois en tes mots, éperdument, pour avoir dit "non" depuis longtemps ...............!

    Je t'envoie plein de châle-heureux bisous, trop heureuse de pouvoir à nouveau partager tes chemins : sabine

      • Dimanche 29 Janvier à 15:05

        glasses  Grandiose !! Comme tu y vas, Sabine... C'est l'ouverture de "Zarathoustra" qui est grandiose, tu dois confondre.  Mais pour ce qui est d'avoir "déprogrammé" l'ordinateur central, pour cela, j'avoue, tu me bats !  Chère Sabine, tu es la reine de la parole secrète...  cool

    2
    Evy
    Dimanche 29 Janvier à 13:43

    offrirons de l'amour à celui qui nous en donne bien beau partage passe une bonne journée au plaisir

      • Dimanche 29 Janvier à 15:07

        Bien toi également.

    3
    Dimanche 29 Janvier à 14:25

    Bonjour Aloysia,

    je me retrouve bien dans ce cheminement que baigne la lumière d'un Amour infini, une fois le mental remis à sa juste place. Un chemin difficile, jonché de pièges, mais si merveilleux!

    Mes amitiés

    Alain

      • Dimanche 29 Janvier à 15:08

        Comme tu dis bien, Alain : "jonché de pièges"... Mais nous tenant la main, nous sommes "merveilleux" !

        Amitiés sincères.

    4
    Dimanche 29 Janvier à 14:32

    Bien curieuse toute cette évolution de l'homme ! Merci pour tes explications plus poussées sur notre conscience. En fait si on ne réfléchit pas, on ne prend conscience de rien et on agit sans penser !!! Bon dimanche

      • Dimanche 29 Janvier à 15:11

        happy   Ma chère Danaé, pour toi, pas besoin de réfléchir ! Si tu agis sans penser, tu n'es déjà plus dans le mental... Bisous d'un dimanche délicieux.

    5
    Dimanche 29 Janvier à 16:12

    Souvent le soir quand vient le moment de poser ma tête sur l'oreiller

    J'ai conscience que j'ai fait au mieux pour mener à bien ma journée et cela me remplit de bien être , mais hélas le monde ne donne pas toujours l'exemple wink2 et il faut être sacrément doué pour se faufiler entre le rêve et la réalité 

    Bise 

    @ Bientôt 

      • Dimanche 29 Janvier à 19:11

        Mais tu as fait de ton mieux et que peux-tu faire de plus ? C'est parfait ainsi. Bises, Rose.

    6
    gazou
    Dimanche 29 Janvier à 19:45

    finalement, quel qu'il soit, il est beau ce chemin de vie qui nous est proposé

      • Dimanche 29 Janvier à 20:49

        smile  Oui, Gazou, il est beau !

    7
    Dimanche 29 Janvier à 21:16
    Durgalola
    J'ai vu ce film dans une petite salle de cinéma et je suis revenue le voir. J'avais 22 ou 23 ans. Plus je vais plus je retrouve mon innocence première. Bises et grand merci pour ton texte.
      • Dimanche 29 Janvier à 21:45

        Tu es dans le vrai, Durgalola.

    8
    Lundi 30 Janvier à 15:35
    Daniel

    Voilà un texte qui me parte. C'est exactement comme cela que je ressens les choses. J'ai entrepris cette déprogrammation depuis plusieurs années et c'est pas rien. Beaucoup d'idées préconçues tombent et mon regard sur la vie a changé. Je deviens nu comme un ver et je découvre le vrai monde.

      • Lundi 30 Janvier à 15:41

        Nu comme un ver... ou comme le nouveau-né ! C'est bien, Daniel, car c'est une tâche difficile!

    9
    Lundi 30 Janvier à 19:28

    Je n'ai jamais vu ce film...

    Mais je trouve ta méditation épatante...

    On s'occupe le plus possible... Ainsi on ne s'ennuie pas et le temps passe...

    Bises Aloysia

     

      • Lundi 30 Janvier à 21:55

        Bien sûr mais sortir du temps ne serait pas mal non plus !

    10
    Lundi 30 Janvier à 19:41

    Je découvre grâce à Evy et je ne le regrette pas.

      • Lundi 30 Janvier à 21:56

        Merci de votre visite, bonne fin de journée.

    11
    Mardi 31 Janvier à 22:34

    Tu ne vas peut-être pas me croire, mais je n'ai jamais vu ce film si célèbre. Tu as éveillé ma curiosité.

      • Mardi 31 Janvier à 23:16

        Il est vraiment intéressant.  Bonne nuit Carole.

    12
    Mercredi 1er Février à 11:49

    Je l'ai vu deux fois et c'est un film qui m'a marquée. Ta méditation est vraiment intéressante sur des plans qui ne se rencontrent pas toujours, la forme littéraire, la philosophie et la spiritualité. Bravo amie.

      • Mercredi 1er Février à 18:07

        Toujours aussi gentille, chère Ariaga.

    13
    Vendredi 3 Février à 08:46

    Jusqu'à maintenant, on ne peut pas fabriquer une machine qui, à elle seule, peut fabriquer une autre identique à elle même. Aucun robot ne peut fabriquer un robot identique. Cette capacité de se reproduire à l'identique est réservée aux êtres vivants. Carl ne vit que dans un film.

    Imagine le processus d'un oeuf se double à répétition, puis se différentie pour donner naissance à des tissus divers et complexes formant le corps de l'enfant..., On sait que certains systèmes chaotiques peuvent donner naissance à des mouvements périodiques. C'est probablement ce qui se passe dans la multiplication et diversification des cellules. Alors le coeur se met à battre et l'enfant commence à se détacher de sa mère. C'est l'état de vie végétative autonome. Mais il y a un moment où cet assemblage de tissus connectés et en mouvement périodiques végétatif "vit", c'est à dire acquiert une conscience. Ce moment là, on ne sait pas!

    Tu sais que certains malades sont dans un état végétatifs. Ils vivent, mais sans conscience ! S'ils se réveillent, la conscience leur donne une "dimension" de plus. Prend des lunettes de soleil puissantes, tu vois le monde sans couleurs. Enlève les, tu vois les couleurs, donc tu acquiers une "dimension" de plus pour ta vision. Les athées qui découvrent la foi acquièrent une dimension de plus pour leur vie. On peut multiplier les exemples.

    La conscience dont tu parles, si j'ai bien compris, c'est une dimension en plus que tu veux acquérir, au dessus de la "conscience ordinaire", dans ta vision de l'univers et dans ton comportement de vie. Quand et comment cette nouvelle dimension s'acquiert, c'est le mystère. Une grande patience et une intense réflexion est un préalable indispensable. Seulement, chacun l'acquiert par sa propre voie, les points de départ sont tous différents...

      • Vendredi 3 Février à 09:52

        Binh An, il, n'y a rien à acquérir ; l'image du pithécanthrope suggère juste la possibilité d'une avancée en maturité, comme je le signalais en les comparant à de petits enfants.

        Les corps (matériels) se reproduisent  parce que la vie continue éternellement, mouvante ; mais les mentaux (pensées, systèmes perceptifs) sont analogues à ces ordinateurs super programmés.

        Je me suis souvent demandé dans quel état sont les personnes au mental altéré ; mais cela n'a guère d'importance : comment sommes-nous quand nous dormons ? D'où venons-nous quand nous nous réveillons ? C'est là la question, et pour tout état aussi altéré soit-il c'est la même chose.

    14
    Samedi 4 Février à 19:01

    Merci encore pour ma petite-fille.

    Bisous Aloysia

    Béa kimcat

    15
    Lundi 6 Février à 18:45

    Je ne médite pas vraiment, je me pose occasionnellement, ou je me relaxe et respire durant mes séances de yoga.

    Parfois j'ai l'impression d'être un élément fixe qui observe l'agitation autour de lui. C'est fou comme ça s'agite ! Alors je veux bien patienter, laisser passer devant moi ceux qui sont pressés et que j'attends en fait, mais par d'autres fois je voudrais couper ces fils qui me tiraillent. Nos pensées sont comme ces personnes, les laisser passer...  mais par moments elles m'exaspèrent, pourquoi viennent-elles apporter le trouble... elles sont comme les chats, interdits d'entrer quand je pratique le yoga ou désire lire tranquille, elles grattent à la porte et se vengent sur la tapisserie.

    Le calme n'est atteint que lorsque rien ne parvient à le perturber. Ce n'est pas l'autre qui nous perturbe, il est aussi innocent que le chat, il est là pour nous montrer  que la présence se manifeste dans l'intériorité autant que dans l'attention à l'autre... et que passer de l'un à l'autre, d'une écoute à l'autre, en oubliant l'un quand on se tourne vers l'autre, est quelque chose de naturel qui ne réveille aucun agacement.

    Je m'éloigne certainement du sujet, je n'ai retenu que l'image de la toile d'araignée et le côté jubilatoire de la présence au monde.

      • Lundi 6 Février à 19:34

        Tu as bien raison de n'avoir retenu qu'une ou deux images, ce sont celles qui avaient pour toi un message ; et ce que tu me dis est très juste : il n'y a pas à "chercher le calme" c'est une intervention de l'ego... Il y a à comprendre simplement que tout ce qui s'agite est périphérique et que le calme est constamment présent à l'intérieur... Laisser passer les pensées comme les chats, sans s'en soucier. La tapisserie ne risque rien ! Elle est fait de matière de rêve, d'une fluidité parfaite.

    16
    Mardi 7 Février à 16:13

    oh si, la tapisserie en souffre et cela donne régulièrement bien du travail !

    Le calme est parfois à rétablir car, même si on est plutôt calme par nature, différentes causes peuvent l'entamer. C'est un état, quand on le connait, vers lequel on souhaite revenir. Pareil pour le sommeil, il peut y avoir des périodes où il est perturbé, ne pas s'en inquiéter, suivra une période de sommeil réparateur (si on ne décide pas de passer volontairement et contre tout bon sens, des nuits blanches).

    Mais je suis d'accord avec toi, l'égo n'est pas à combattre.

     

    Bonne journée, Aloysia.

      • Mardi 7 Février à 17:40

        Merci de ta réponse, Carmen. Bonne fin de journée !

    17
    Thierry
    Mercredi 8 Février à 20:03

    L'ode hissé de l'espace, c'est de la poésie cosmique ou je ne m'y connais pas, ni comique, ni cosmétique les poussières intergalactiques sont comme des  nuages de lait

      • Mercredi 8 Février à 21:01

        Joli ! Merci, Thierry.



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