• L'époux

     

       En novembre dernier, L'université de Toulouse II Le Mirail organisait avec le Festival Déodat de Séverac et l'Association internationale d'études occitanes des journées d'étude autour du "Sponsus", drame liturgique du XIe siècle qui a pour particularité de mêler pour la première fois la langue profane - ici l'occitan - au latin.

     

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        Ce drame évoque la parabole des Vierges Folles et des Vierges Sages, énoncée par Jésus au chapitre 25 de l’Évangile selon Matthieu (versets 1 à 13), et qui était associée dans l'esprit des croyants aux notions de vice et de vertu

        En effet, Jésus y compare le Royaume des Cieux à l'aventure vécue par dix vierges qui partirent au-devant de leur fiancé, une nuit, avec des lampes allumées  ; les cinq plus prévoyantes auraient emporté de l'huile de réserve, tandis que les cinq autres, prises au dépourvu parce que l'époux tardait, se retrouvèrent sans lampe allumée lorsque celui-ci arriva. Or non seulement les prévoyantes refusèrent de venir au secours de leurs compagnes, ce qui peut être interprété comme de l'égoïsme, mais en plus le fiancé, impitoyablement, refusa d'accueillir les imprévoyantes et s'en fut avec celles dont la lampe brillait vivement.

       Cette parabole nous étonne d'autant plus qu'il n'y a qu'un seul fiancé pour plusieurs femmes, tandis que le sujet est "le Royaume des cieux". L'explication n'est donc certainement pas dans la compréhension littérale du texte, mais bien plutôt dans la conclusion de Jésus, qui dit simplement : "Veillez donc, car vous ne connaissez ni le jour, ni l'heure". 

         Le Royaume des cieux est une façon de nommer la joie ineffable que vont connaître, non pas une seule âme, mais toutes les âmes réunies (plusieurs "vierges", dix étant un chiffre sacré représentant la totalité) qui auront su attendre le jour de leurs "noces" (là encore le terme de fiancé ou d'époux n'est qu'un prétexte destiné à évoquer l'amour et la joie qui résulte de l'union).

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        On parla de paradis, de damnés, d'où la répétition de ce drame à l'époque médiévale et sa reproduction sur les portails d'églises.

        Mais la comparaison entre les enseignements étant un principe utile pour atteindre la vérité, je rapprocherai cette notion d'attendre l'époux de celle d'atteindre l'éveil selon les bouddhistes.

        Le moment de l'éveil est ce qu'il y a de plus éloigné, de plus improbable, et en même temps de plus inattendu si on en croit les sages. Rajneesh parle, dans son tarot, de l'Ultime accident, en précisant : 

       « L'Illumination est un accident. Comprenez-moi bien, je ne vous demande pas de ne rien faire, sinon le miracle ne surviendra jamais. Il surprend ceux qui l'ont ardemment cherché, bien qu'il ne soit jamais le résultat de leurs efforts. Les techniques méditatives vous rendent vulnérable et vous exposent à l'accident, mais rien de plus.
        Préparez-vous, rendez-vous réceptif à l'inconnaissable. S'il n'est pas invité, l'hôte ne frappera jamais à votre porte. » 

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        Il évoque ici une femme, Chiyono, qui pour obtenir l'enseignement monastique dut se brûler le visage car personne ne l'acceptait pour disciple de peur que sa beauté ne trouble les autres moines. Malgré ce sacrifice, elle étudia encore pendant plus de trente ans dans le silence et l'humilité, jusqu'à ce qu'un jour, tandis qu'elle admirait le reflet de la lune dans le seau qu'elle portait, ce dernier se brisa, faisant disparaître l'eau, le seau, la lune... et ouvrant son coeur à l'infini.  

             Voici donc la véritable explication à la parabole de "l'époux" (appelé ci-dessus "l'hôte") : les âmes "sages" ont su attendre, se sont préparées à l'attente, ont donc développé la patience et n'ont jamais détourné leur esprit de cette quête, même dans leur sommeil puisqu'il est question d'endormissement. Les "folles" (qui ne sont en aucun cas damnées) ont gaspillé leur énergie sans vraiment comprendre l'importance de l'enjeu. Tandis que les sages ont conservé leur cœur ouvert, "brûlant" d'amour et d'aspiration, les folles ont laissé leur cœur s'assoupir et s'éteindre. Le "promis" n'y peut rien, pas plus que les compagnes au cœur brûlant : elles seules y peuvent quelque chose. Leur cœur, leur attente leur appartiennent !

       En conclusion, j'ajouterai une autre carte du Tarot de Rajneesh (tarot semble-t-il introuvable aujourd'hui ou presque, et qui ne réunissait que des sujets de réflexion, soixante au total) : la gratitude. En effet cette carte est voisine de la précédente et montre encore un fois une femme, Rengetsu, adepte du zen, qui au cours d'un pèlerinage se trouva obligée de dormir à la belle étoile, aucun habitant n'ayant accepté de l'héberger. Alors qu'elle avait trouvé refuge, grelottante, au pied d'un cerisier, celui-ci soudain se couvrit de fleurs tandis que la lune transparaissait à travers la brume au-dessus de sa tête...


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         Remplie de joie, elle remercia alors les habitants du village qui lui avaient fermé leur porte, pour lui avoir permis de connaître cette expérience.

     

     

        Pour accompagner ces méditations, l'adagio de la symphonie avec orgue de Sant-Saëns, dans un enregistrement de 1976 avec Gaston Litaize aux grandes orgues de la Cathédrale de Chartres, et l'orchestre symphonique de Chicago sous la direction de Daniel Barenboïm.

     

     

     
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  • Commentaires

    1
    Dimanche 14 Avril 2013 à 12:00
    Un post magnifique qui éclaire ce dimanche ! Merci pour le partage. Amicalement


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