• De l'Existence à l'Être avec Ivan Wyschnegradsky


     
          Au moment où en ce monde se déchirent les contraires, tandis que s'élèvent de plus en plus haut les voix qui cherchent l'Éveil et l'Harmonie alors que d'autres (et parfois à leur insu les mêmes !) accusent, jugent, frappent et crient sans relâche contre leurs voisins, je me souviens de ces vers écrits par le musicien français d'origine russe Ivan Wyschnegradsky, que j'ai déjà si souvent évoqué sur ce blog :

     

    Ô Diversité de tout l’Être fleurissant dans une multitude de formes,
    Se manifestant dans une multitude de formes,
    Ô éternel remous de l’Existence !

    (Ivan Wyschnegradsky, La Journée de l'Existence)

    Bouddha

     


        L'Être est unique, vivant ; et dans sa forme vivante, palpite d'innombrables façons, même s'il s'agit d'une lutte apparente puisque la lutte est l'image même de la vie ...

         Et cependant l'Homme en tant que Sujet conscient se perçoit séparé et souffre. Il s'imagine multiplié à l'infini sans concevoir qu'il est partout le même, au-delà des formes apparemment diverses.

     

    Mais l’heure du réveil n’est pas encore sonnée ;
    Et l’homme s’agite dans la recherche du but et du sens,
    Plein d’angoisse et de détresse.
    Et l’univers hostile qui l’environne
    Le contraint à une lutte perpétuelle,
    Aux efforts, à la haine...!

    (Ibid.)

          Wyschegradsky qui par son origine russe est certainement lié à l'orthodoxie mais qui à l'instar de son maître Scriabine avait étudié la philosophie orientale (et lu Nietzsche et le Vedanta), a connu l'Illumination très jeune et s'en fait le témoin à travers cette oeuvre qu'il a portée toute sa vie : "La Journée de l'Existence" (ici une présentation détaillée,  un enregistrement intégral). Il y montre notamment que l'on ne peut décider du moment de l'Éveil... Car celui-ci est programmé par plus puissant que nous ; et de même que Jésus disait : « Mon heure n'est pas encore venue » ; ou « l'heure est proche » car il savait que seul son Père pouvait en décider, de même l'Homme évoqué ici ne peut réussir à s'éveiller par sa seule volonté, mais doit attendre qu'une Volonté plus haute intercède pour lui.

          Cette méditation se déploie sur 350 vers environ au sein d'une oeuvre majestueuse pour récitant et orchestre, et retrace la descente du Verbe dans l'Incarnation et son Retour Glorieux en son propre Sein... Celui-ci prend en effet conscience de Lui-même juste au milieu de la partition par la célèbre question "Qui suis-je ?" :

    Et Qui suis-je moi-même, être pensant,
    Forme mortelle,
    Par la Connaissance pareil à Dieu,
    Par la Destinée égal à la Créature ?

    (Ibid.)

        Si l'on doute de la relation entre cette interrogation et le Verbe incarné, ces quelques vers retirés de l'enregistrement public car ils étaient destinés à être chantés par un choeur manquant alors à l'appel, évoquent bien les phrases finales de l'Apocalypse (22,13) et un arrière-plan Christique  :

         Au temps opportun Je t'ai entendu,
        et au jour du salut Je t'ai assisté.
        Voici, à présent, c'est le temps opportun,
        voici, à présent, c'est le jour du salut !
        Je suis alpha et omega,
        le premier et le dernier,
        le commencement et la fin.

    (Ibid)

          Ces phrases sont également essentielles pour montrer que dans toute la solitude qui caractérise cette quête - au cours de laquelle l'Homme ne cessant de se poser des questions ne reçoit nulle réponse du Ciel, mais a malgré tout et de façon totalement inopinée une extraordinaire "Vision de la fin", une subite et totale Compréhension de ce qu'il est - que dans cette apparente solitude, il y a cependant un Maître (on l'appellera comme on voudra : Dieu, Père, Bouddha... mais je préfère ce terme qui traduit le latin Dominus - le Seigneur des chrétiens), un Tout-Puissant (égal aussi au Soi de Ramana Maharshi) qui le guide par des étapes déterminées jusqu'à l'aboutissement suprême.

     

    Om

     


  • Commentaires

    1
    Hélène***
    Vendredi 20 Mai 2016 à 17:41

    Et la contemplation d'un bouton d'or nous mène naturellement à cette joie pleine et sereine: le mariage sacré de tout ce qui est.

    merci pour cet article!

      • Vendredi 20 Mai 2016 à 22:07

        Coucou Hélène***, toi qui as toujours des images superbes d'innocence et de douceur ! Oui, tandis que j'essaie de faire comprendre ce que j'appelle "le Maître", tu me souffles la réponse: c'est un Bouton d'Or.

    2
    Vendredi 20 Mai 2016 à 17:51

    Bon jour Aloysia,

    Si le Tout-Puissant a seul la possibilité de décider du moment de notre éveil, il me semble qu'il faut aussi faire des efforts dans ce sens de notre côté !!!  C'est la lutte dont tu parles au début. Nous devons prendre conscience que nous ne sommes pas seuls et abandonnés.

    Merci pour le partage de tes pensées profondes et bises.

      • Vendredi 20 Mai 2016 à 22:09

        Si on en fait pas des efforts pour tendre les bras vers la lumière, Il n'ouvrira pas la fenêtre ! smile

    3
    gazou
    Vendredi 20 Mai 2016 à 20:00

    Il me semble aussi que nous sommes libres de désirer cet éveil et de le favoriser, quand le temps sera venu, et qu'il nous faut être prêts à l'accueillir

      • Vendredi 20 Mai 2016 à 22:09

        Tu dis bien les choses, Gazou, comme Jésus les présente dans la parabole des Vierges Sages et des Vierges Folles...

    4
    Jamadrou
    Vendredi 20 Mai 2016 à 20:30
    Sur mer l'horizon m'a dit:
    Je suis la mer et le ciel
    Le premier et le dernier
    Le commencement et la fin
      • Vendredi 20 Mai 2016 à 22:13

        Oh ! Quel beau secret t'a donc confié l'horizon ! Jamadrou, c'est merveilleux... Et je suis d'autant plus touchée, que je te sais partie au large, "à mille miles de toute région habitée", et que malgré cela tu trouves la possibilité, sur ton seul téléphone portable, de me l'écrire... Merci, vraiment, merci. money

    5
    Vendredi 20 Mai 2016 à 21:35

    Que de belles réflexions ! Tes blogueurs (es) Sont tous des initiés  Aloysia! J'aime ces réflexions même si j'ai de la difficulté à les suivre. Vu mon grand âge , je réfléchis souvent sur mon dernier moment, mon dernier souffle. L'être en moi qui pense , va-t-il disparaître à jamais? intrigue!

      • Vendredi 20 Mai 2016 à 22:20

        Oui Blandine, il arrive un moment où l'on y pense que plus en plus... Qui suis-je vraiment ? Mais tu vois bien, en vieillissant, que tu n'as pas changé depuis que tu as pris conscience de toi-même toute enfant, que tu es toujours la même, alors que ton corps a considérablement changé ! Tu vois aussi que même si tes parents, si ta soeur ont disparu de cette terre, ils sont toujours aussi vivants dans ton coeur ! La conscience est infiniment plus vaste que la matière... Bisous, ma chère Blandine.

    6
    Samedi 21 Mai 2016 à 14:54

    En effet, l'Être revêt une infinité de formes et cette très belle et profonde note en est une preuve. Amicales bises.

      • Samedi 21 Mai 2016 à 16:14

        Bises Ariaga, et soigne-toi bien surtout.

    7
    Dimanche 22 Mai 2016 à 15:56
    durgalola

    je ne connaissais pas ce musicien ; je vis aussi chaque jour, cette tentative de rencontre avec l'Aimé simple et  mystérieux ; bises

      • Dimanche 22 Mai 2016 à 17:52

        C'est un musicien peu connu, car mis à part cette oeuvre "extraordinaire" il a surtout travaillé à explorer des voies musicales douteuses qui n'ont intéressé que quelques spécialistes. C'est dommage !
        Donnons-nous la main dans l'attente de l’Époux, et sachons rester "sages" (avec notre lampe allumée)... Bises, chère Durgalola.

    8
    Dimanche 22 Mai 2016 à 17:10

    Les epreuves peut-etre rapprochent-t-elles le temps de l'illumination...Emue par ton post, merci.

      • Dimanche 22 Mai 2016 à 17:54

        Difficile à dire ; c'est surtout leur acceptation pleine et entière je crois... Mais le texte de cette immense évocation m'a toujours moi aussi bouleversée.

    9
    Dimanche 22 Mai 2016 à 22:52

    Je ne me souvenais pas de ce musicien dont tu dis nous avoir parlé. Je vais essayer de retrouver cela.

    Merci de tenir nos pensées "en éveil".

      • Lundi 23 Mai 2016 à 10:00

        Bonjour Carole ! A part cette oeuvre monumentale dans le style de Srciabine, Wyschnegardsky s'est illustré dans des recherches bizarres sur les quarts de tons qui n'ont pas vraiment fait école... Dommage. Mais tu peux écouter de ses oeuvres sur youtube. Bisous !

    10
    Lundi 23 Mai 2016 à 16:33

    Mais le ciel n'est-il pas en nous ?

    J'aime beaucoup cette phrase l'Être..."palpite d'innombrables façons". Bel après-midi Alyosa.   brigitte

      • Lundi 23 Mai 2016 à 17:57

        Te voici donc de retour, ma chère Brigitte ! Je vais te rendre visite.

        Que le ciel soit en nous est une "idée"... Réaliser ce que JE SUIS est autre chose.

    11
    thierry
    Mardi 24 Mai 2016 à 17:31

    Chère Aloysia j'aurai pu te répondre par une phrase connue de l'auteur du petit prince, qui renvoie à la diversité, la richesse et le sens de l'universel, pour l'humanité du moins avec ce que nous sommes, la conscience de soi, la mémoire multiple et tout le reste de notre héritage civilisationnel qui réside dans nos gènes. J'aime l'idée du berger et du troupeau, elle est forte mais c'est une image de l'histoire aussi avec le début du pastoralisme sur les plateaux d’Anatolie et la Judée, gobekli tepe notamment. Un beau reportage sur Arte m'avais attiré vers ce chant/champ venu depuis le mésolithique quand l'homme se rassemble et s'assemble, le début d'une certaine grégarité dans le nombre avant Ur, uruk et bien d'autres. Pourquoi l'homme se rassemble, parce que ce qui est épars peut parfois s'ordonner par la force de la volonté, parce que l'union fait la force ?

    Il est d'autres souvenirs comme le beau film de Christian jacques "si tous les gars du monde" autour des valeurs d'altérité, de solidarité mais travaillant dans le spatial j'attends une mission totalement internationale de sauvetage ou une expédition lointaine qui pourrait par delà les différences donner le sentiment de l'unité à toute la population enfin tendue vers un seul but.

     

    je pourrai continuer mais je suis épuisé par un deuil cruel et mes larmes ont remplacé l'encre depuis quelques jours.

      • Mardi 24 Mai 2016 à 19:12

        Mon pauvre Thierry... Pourtant ton style est toujours aussi riche et enthousiaste, et j'adore l'idée du "spatial" ! Mais un deuil cruel est une épreuve pénible et je comprends tes larmes. Même si nous savons que nous sommes tous unis dans le même Coeur, par-delà la vie et la mort, il y a un sentiment d'injustice qui dévaste au moment de la séparation physique. Je t'embrasse affectueusement.

    12
    thierry
    Mercredi 25 Mai 2016 à 19:36

    MERCI Aloysia de ta bonté et de ta gentillesse , c'est vrai que la mémoire et la conscience sont lourdement impactés par ce décès, que des retours en arrière vers un lointain passé pas totalement révolu sont en cours mais c'est le chemin et il faut le faire et le parcourir et tant pis si on ne peut dans le même s'empêcher de souffrir et de ressentir si profondément au fond de notre être le manque l'absence et le départ ; le style c'est l'homme déclare Buffon donc pas de raison que je change , le spatial c'est mon métier depuis près de 32 ans, une vocation qui s'est accomplie, une des seules choses des rêves d'enfant qui ai pu se réaliser, pour le reste je reste un athlète, un vétéran certes, un entraineur aussi et je suis encore sur les stades, plus pour courir mais lancer. Ça m'aide à ne pas trop penser mais pour panser des plaies béantes et des visions d'horreur seul le temps sera un remède efficace, entre temps la patience me vient comme sur le blog de mon amie ariaga que je j'adore.

      • Mercredi 25 Mai 2016 à 19:48

        Tu as raison d'aimer Ariaga, c'est une personne d'une richesse et d'une personnalité exceptionnelles ! Les plaies paraissent béantes mais lorsque tu joues, lorsque tu cours, lorsque tu te concentres sur le Ciel étoilé, les ressens-tu encore ? Tu ne les ressens que lorsque tu  y penses... Effacer petit à petit, patiemment, les pensées obsédantes est un travail de raison, que de toute façon le temps a pour mission d'accomplir à tout moment. Et comme tu le sais déjà, il fera son oeuvre de médecin parfaitement... Bises.



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