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          Il existe un conte évoquant l’histoire d’un pauvre pêcheur ayant un jour ramené dans son filet un petit poisson d’or… Écrit en vers par Pouchkine, ce conte met en garde contre l’insatisfaction inhérente à la nature humaine, que rien ne peut combler si l’on ne met fin à la roue permanente des désirs. 

     

    Le Petit Poisson d'Or

     

         Une histoire similaire m’est arrivée en quelque sorte, sous forme allégorique bien sûr mais avec une autre signification.

         J’aimerais vous la conter ici, en plusieurs épisodes successifs : plus exactement sept, à raison d'un tous les deux jours. En effet nous entrons aujourd'hui dans le Signe des Poissons, et ce lundi 22 se produira la Pleine Lune face au soleil en Poissons, qui enseigne l'Ouverture du cœur au-delà de toute limite, l'Amour inconditionnel et l'infinie Compassion.

         Cependant je dois vous avertir que la fin - le 7e épisode - n’est pas encore écrite, et que c’est peut-être vous qui m’y aiderez… !

          Voici.

     

         Alors que je marchais depuis des jours et des jours à travers landes et montagnes, un soir j’arrivai au bord d’une rivière ; et lassée de longues, longues heures de voyage, je m’assis enfin sur une pierre.

         Ma route semblait n’avoir pas de fin, et j’avais soudain cédé à l’invitation d'un paysage particulièrement splendide : la montagne alentour scintillait aux lumières de l’après-midi finissant, et débouchant au bord de l’eau qui chantait je quittais un sous-bois dont les bruissements et les multiples couleurs m’avaient paru magiques.

     

    ***

    (à suivre)

    Le Petit Poisson d'Or - 1

     


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  •        Voici une petite  histoire, qui fait suite à celle que j'ai évoquée hier.

     

               Robert était un enfant contemplatif. Toujours souriant et heureux, il gardait le regard constamment tourné vers le ciel, comme émerveillé.

          Lorsqu'il avait un an, ce qu'il aimait surtout, c'est quand sa maman l'emmenait en promenade. Très coquette, celle-ci aimait être fière de son petit garçon ; elle l'habillait donc proprement, l'asseyait dans sa poussette, et lui mettait une petite fleur dans la main. Puis elle s'en allait faire le tour du village pour que tous puissent l'admirer avec son bel enfant.

            Robert, conscient de l'importance de sa tenue pour sa maman, ne bougeait pas un instant. Au retour, parfaitement immobile et souriant, il avait toujours sa fleur à la main.


     Photo tirée du net

     

        Cette histoire vraie représente à mes yeux une parabole.

           La maman, c'est la Source de Tout ce qui est. 

           L'enfant, c'est nous.

           La poussette, c'est notre incarnation présente.

           La promenade, c'est la vie que nous menons actuellement.

            Nous devons être conscient que nous ne faisons rien d'autre que d'être conduits en promenade par notre Mère qui est à l'origine de ce que nous sommes. Rien de ce qui semble se produire n'est autre que Sa Volonté.

         Notre seule tâche consiste à conserver le souvenir d'Elle grâce à la fleur qu'elle nous a donnée. Mais même si nous perdons la fleur, quelle importance ? Puisqu'à la fin de la promenade, de toutes façons, c'est sur Son Cœur que nous retournerons... 

     

     


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    Hier, comme je remarquais :

    «  Avoir la Foi, c'est marcher les yeux fermés. »

       Voici ce qu'on me répondit :

    «  Non ! Les yeux ouverts ! »

    J'avoue que j'écarquillai les yeux et ouvris grand la bouche pour m'exclamer :

    «  Alors là c'est très fort... ! Encore trop fort pour moi !! »

     

    La Foi
    Tarot d'Osho (Zen) - Le Mat (="le Fou" des tarots classiques)

     

          En effet, il ne s'agit pas d'ouvrir les yeux pour chercher avidement des solutions, dans cette attente perpétuelle qui vous rend hermétique au monde : le contraire même de la Foi... !

             Mais de les ouvrir pour recevoir, tel un réceptacle vide, toute la beauté des choses, dans un oubli total de ses propres préoccupations.

      En effet Jésus ne rappelle-t-il pas dans l’Évangile de Matthieu (22, 44) ces paroles du Psaume 110 :

    Le Seigneur a dit à mon Seigneur : « Siège à ma droite,
    Jusqu'à ce que j'aie fait de tes ennemis l'escabeau de tes pieds ... » ?

      Et que peuvent bien être les "ennemis", sinon les pensées parasites, préoccupations mesquines et personnelles qui nous empêchent de jouir de la Beauté de Dieu ?

      Alors qu'en leur absence voici ce qu'il nous reste :

    «  Moi, dans la justice, je contemplerai Ta face,
    au réveil je me rassasierai de Ton image. »1

     

        Encore faut-il avoir les yeux ouverts... et s'être éveillé au Silence intérieur.

     

    _____________________

    Psaume 17, fin.

     


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    Tarot Zen-La Solitude - modifié

     

         Une loupiote brille dans la nuit. Une petite voix s'élève :

    - C'est encore loin ? 

         La nuit paisible s'étend à l'infini, rayonnante de sérénité.

         La petite voix reprend, comme se répondant à elle-même :

    - Peut-être qu'en réalité on n'avance pas... 

         Le silence est plus profond qu'un tapis de soie.

    - Peut-être qu'il faut attendre ici ?

         La loupiote stationne un instant, tentant de percer les ténèbres plus obscures que jamais.

    - Je ne comprends pas, il me semblait bien qu'il y avait quelqu'un devant moi tout à l'heure, et maintenant je ne vois plus l'autre lumière... Il y a quelqu'un ?... Non, il n'y a personne...

         Silence.

         Soudain : zzzz-sclatsch !!

    - Aaaaahhhh !

     

    Eclair

     

         Un éclair fulgurant a traversé la nuit, inondant tout de sa clarté. 

          La loupiote a fait un bond gigantesque sur place, de surprise.

    - Qu'est-ce que c'était ? J'ai vu quelque chose ! J'ai vu quelque chose ! Mais c'était quoi ? C'était quoi ? Je ne peux pas me rappeler ! Je n'arrive pas à me rappeler !!

         Elle se remet à avancer dans les ténèbres retombées.

    - Comment cela s'est fait ? Qu'est-ce que j'ai bien pu faire pour provoquer ça ?! Voyons... C'était : "Silence"...

          Silence ...

           Silence ...

    - Ça ne marche plus... Je n'y vois toujours rien...  Je suis désespérée...

          La lumière tremble et dans l'obscurité feutrée il y a comme une douce complicité. 

     


         La musique s'écoule comme une source et parle avec une voix amie.

       Si j'ai choisi cette version de la "Louange à l’Éternité de Jésus" tirée du Quatuor pour la Fin du Temps d'Olivier Messiaen, c'est pour la beauté de l'interprétation comme celle de la prise de vue, et non pour la question "Qui est Jésus ?" qui vient l'orner de façon incongrue. Mais pourquoi ne pas se la poser en effet ? 

       Avec l'approche de Noël, il semble que le moment soit venu de comprendre, avec cette musique, que si Jésus est véritablement éternel, il n'est forcément jamais ... or s'il n'est jamais né, il n'est non plus jamais mort

        Et dans ce cas, que s'est-il donc passé en cette fameuse "nuit" que l'on place traditionnellement au 25 décembre parce que c'est la période où nous connaissons les ténèbres les plus profondes, les nuits les plus longues et même les jours les plus sombres ? Que s'est-il passé, dans les profondeurs du désert et de la solitude ? 

          Est-ce vraiment un évènement du passé, un évènement historique ? Ou n'est-ce pas un conte, un mythe destiné à nous rappeler symboliquement ce qui se déroule justement au plus profond de nous-même ?

     

    Subitement une grande lumière est apparue... 

    C'est bien ce que disent les chants de Noël, n'est-ce pas ? 

    Michaud veillait le soir dans sa chaumière
    Près du hameau : il gardait son troupeau.
    Le ciel brillait d'une vive lumière,
    Il se mit à chanter : "Je vois ! Je vois !
    Je vois l'étoile du berger !"

    (Noël traditionnel de Gascogne)


          Il "veillait" : comme la petite loupiote, sa "veilleuse" restait allumée.

        Il "gardait son troupeau" : c'était un être humain, il avait conscience de posséder des organes vitaux, de ressentir des émotions, d'être vivant, mais cependant de n'être pas que cela (voir ici, Krishna en gardien des vaches).

         Et soudain en effet, la fulgurante lumière lui est apparue, non plus pour disparaître comme l'éclair, mais de façon continue : l'Étoile s'allume et il voit !

     "Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité." Évangile de Jean, I, 14.

       C'est cette gloire resplendissante que l'on croit entendre alors sous la forme d'Anges qui chantent et sonnent de la trompette ! Mais en vérité il n'y a rien qui soit "né" : c'est juste la Lumière du Verbe qui s'est manifestée en nous, alors qu'elle était déjà présente à l'état latent et qu'on ne la voyait pas.

     

    Omkara-la syllabe primordiale

     

         Et pourtant n'ayez crainte, il y aura une crèche dans ma maison. Je suis attachée à ces traditions si bonnes pour le cœur, car ce petit bébé auquel nous apportons nos prières et nos présents, c'est nous-même : si l'on ne devient pas semblable à un petit enfant on n'entrera pas dans le Royaume des Cieux, a dit celui que nous appelons justement Jésus et qui semble-t-il, serait tout de même né et mort à un certain moment de notre "histoire" intime, y laissant une trace indélébile, un sillon parfait, une note indestructible...

           Dans le mystère de la nuit, tout devient limpide... 

     


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          Une histoire me trotte dans la tête depuis ce matin... Peut-être pourrais-je vous la partager ? Si elle me poursuit, c'est qu'il y a quelque chose de caché à l'intérieur.

     

    Incendie

     

           La voici donc, à quelques détails près peut-être car ma mémoire peut me faire légèrement défaut. Elle se déroule en 1898 à Saint-Maixent, en France et peut-être l'été (je l'espère du moins).

     

           C'est une famille de tailleurs. C'est pourquoi ils habitent une belle maison dans cette ville où l'on apprécie la bonne facture des costumes militaires.

        Les quatre garçons (Marcel, 12 ans, Camille, 10 ans, Fernand, 8 ans, et Maurice, 4 ans) sont promis à un bel avenir, car très brillants dans leurs études ; de plus ils pratiquent tous un instrument de musique ou doivent s'y adonner sérieusement tôt ou tard. Et il s'y ajoute par bonheur une jolie petite fille de 6 mois (Suzanne).

         Mais voilà que cette nuit-là un violent incendie se déclare dans l’atelier, gagnant immédiatement la maison. Les parents, rassemblant en hâte leurs enfants, se précipitent dehors dans le noir... Ils se retrouvent dans la rue, en pyjama, à demi réveillés, regardant avec incertitude le brasier tandis que le père, fébrile, recompte tout le monde. La mère est arrivée avec Suzanne dans les bras et Maurice à la main, les deux grands sont là mais... il manque Fernand !!

        N'écoutant que son courage, le père se rue dans l'escalier fumant pour chercher son fils au milieu des flammes. Celui-ci, profondément endormi, n'a sans doute rien entendu ni compris de la situation.

         - Fernand ! Tu n'as pas entendu nos appels ! Il faut sortir tout de suite !

         Vite, le père l'attrape par le bras et fonce vers le palier. Fernand crie :

        - Papa ! Papa ! Je perds mon chausson !

        - C'est pas grave ! Tu le laisses ! répond le père en dévalant les marches.

        Ouf !! À peine ont-ils franchi la porte d'entrée que l'escalier s'effondre derrière eux. 

          Fernand se retrouve grelottant à l'extérieur avec les siens, un pied nu et un pied chaussé. Stupéfait.

          Sa famille sera ruinée. Il n'auront sauvé que leurs vies, et s'en remettront difficilement avec le soutien d'amis tandis que les garçons obtenaient le droit de poursuivre gratuitement leurs études de collège en raison de leurs excellents résultats... jusqu'à ce que leurs parents leur demandent de travailler pour les nourrir.

          Et puisque c'est aujourd'hui le souvenir de la guerre de 1914-18, ajoutons que Fernand survivra à son séjour dans les tranchées malgré une sérieuse blessure en 1917 ; mais que le petit Maurice sera tué sur le front  à l'âge de vingt-deux ans et ramené au camp quelques jours plus tard par son frère Camille, qui était brancardier dans les environs.

         Quant à Camille, il verra son propre fils né en 1923 mourir quasiment au même âge (1945) au camp de Mauthausen, où il fut enfermé pour faits de Résistance.

     

        Si je pense à cette histoire aujourd'hui, c'est bien sûr en relation avec la quête qui consiste à détruire l'ego.

         En effet si l'on parle de destruction, c'est que pour le mental elle semble réelle et s'accompagne de toutes les émotions et impressions correspondantes, comme par exemple celle d'être pris dans l'incendie de sa maison.

        Un jour, tout s'écroule ! Et là, ce n'est pas le moment de regarder en arrière... De même qu'Orphée échoua dans sa quête lorsqu'en sortant des enfers il eut la faiblesse de rechercher derrière lui l'image d'Eurydice ; de même Fernand serait mort avec son père s'il s'était baissé pour ramasser son chausson.

        On perd tout ! Gare au petit sentiment, au petit souvenir que l'on veut sauvegarder ! Pour une épine de ce monde que vous voudriez conserver, vous perdrez votre Vie véritable : c'est ce que le souligne Attâr avec véhémence à la fin du "Cantique des Oiseaux", affirmant que l'anéantissement doit être total (voir ici).

           Cependant, cette image de l'incendie d'une maison reste plus positive car elle nous rappelle que l'enjeu - être Vivant - est suffisant pour conduire au renoncement de façon quasi évidente.

     

     


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