• Comment atteindre le Soi


       J'ai déjà cité Sri Siddharameshwar Maharaj et son livre "Embrasser l'Immortalité".

         En voici un autre extrait, correspondant à un satsang (enseignement émanant d'un maître et transmis gratuitement et simplement à tous ceux désireux de le recevoir) qu'il aurait donné le 15 décembre 1928 à Bombay (p. 159-160 du livre). 

     

    «   Le Soi est qualifié de saguna, c'est-à-dire "avec attributs" quand il est manifesté et nirguna, "sans attributs", quand il est non manifesté.

         Manifesté (saguna), il est la matière en constant changement, c'est la nature primordiale ou prakriti associée à la "Mère". Non manifesté (nirguna), le Soi stable et sans changements est purusha associé au "Père". L'homme est éveillé lorsqu'il devient UN avec sa propre nature.

         La connaissance est plus subtile que l'atome, c'est un point minuscule mais suffisant cependant pour dissiper la totalité de l'ignorance qui nous a recouvert ! Le sage parle de la connaissance comme d'une étincelle bleue luminescente. Saint Toukaram dit : "Vois dans ton mental ce point bleu qui est ta libération !"

        La Réalité ne peut pas être montrée. Elle ne peut être "vue" qu'après avoir transcendé les quatorze mondes qui font obstacle. Il s'agit des dix sens, du mental, de l'intellect, de la connaissance individuelle et enfin de l'ego (1). Faire comprendre ce qui ne peut pas être compris, c'est ce que fait le maître ! Sous sa direction vigilante le disciple peut "expérimenter" sa vraie nature. Mais vous devez pratiquer avec sérieux et vous rappeler que la persévérance est nécessaire pour surmonter la difficulté. Pratiquez en utilisant toute la finesse de votre intellect et tenez à distance les six passions (2). Savakash (sa, six ; avakash, garder au loin) est une pratique qui demande de la persévérance, elle consiste à garder les six passions à distance pour protéger les organes des sens des altérations : gorakshana (go, sens ; rakshana, protéger et contrôler). Gor signifie également "vache" et goruksha est celui qui protège les vaches. Krishna, le vacher, avait pour fonction de garder et protéger les vaches ; il s'acquittait de sa tâche avec diligence : il se préservait des six passions grâce au mantra qu'il avait reçu de son maître... Le mot gaye en marathi a deux sens : l'un est "chanter" et l'autre "vache" ; on dit que 330 millions de dieux et de déesses résident dans une vache, ainsi lorsque l'on chante le mantra donné par le maître, 330 millions de dieux et de déesses chantent avec nous ! Maintes histoires à propos de Krishna racontent qu'il se régalait de la crème volée dans les fermes environnantes. Cela signifie qu'il a baratté le beurre dans la méditation du mantra et s'est délecté de la crème de la connaissance de soi. »

    Sri Siddharameshwar Maharaj, 
    Embrasser l'immortalité (Amrut laya),
    Méthode pratique pour se libérer du faux.
    Éditions Les Deux Océans, Paris, 2007

    (1) Les écritures indiennes distinguent 5 organes perceptifs et 5 organes d'action, plus les quatre fonctions mentales précisées dans le texte.
    (2) Les six passions sont, selon le Vedanta : le désir, la colère, l'illusion (ou égarement), l'orgueil (ou arrogance), la cupidité (ou avidité) et l'envie (ou jalousie). 

     

    Krishna et les vaches

         Dans l'extrait que j'avais cité précédemment, le maître commentait et expliquait des passages du Dasbodh, un traité de spiritualité pratique écrit au XVIIe siècle par Saint Samarth Ramdas.

         Dans cette partie de l'ouvrage, il commente et explique les différentes légendes évoquées dans le Mahabharata, épopée que tous les indiens connaissaient par cœur - à l'instar de L'Iliade et l'Odyssée pour les grecs  - mais qui pour eux avait une valeur fondatrice équivalente à notre Ancien Testament. Il montre le sens caché et puissant de ces aventures héroïques dont la dimension mythique recèle un trésor d'enseignement.

         Ainsi "garder les vaches" peut signifier observer ses passions et les maintenir à distance ; et "baratter le beurre" puis "se délecter de la crème", évoque une méditation soutenue suivie du profit qui en est retiré. 

     

    « DévotionLa voie mystique chrétienne »

  • Commentaires

    1
    Vendredi 12 Juin 2015 à 22:15

    merci pour ton texte qui se marie avec d'autres que j'ai lu ou lirai. Sur le chemin, nous allons toute notre vie et notre attention doit être pleine et entière. 

    Bises 

    2
    Vendredi 12 Juin 2015 à 22:20

    Et merci à toi, Durgalola. En effet, tant de textes éclairants sont à notre disposition ! Mais il faut remarquer aussi que la Vie nous met toujours sous les yeux celui qui nous faut exactement au bon moment.

    3
    Vendredi 12 Juin 2015 à 22:35

    Merci Aloysia

    se délecter de la crème de la connaissance de soi...

    une gourmandise qui doit demander une longue préparation

    Je relirai ton billet demain Aloysia, pour moi tout est loin d'être clair.

    Douce nuit à toi et beau week-end.

    4
    Vendredi 12 Juin 2015 à 22:36

    Bisou, jamadrou

    5
    Samedi 13 Juin 2015 à 08:25

    Bon jour Aloysia, C'est bien normal que les six passions citées ci-dessus nous éloignent de la vérité de la sagesse ! Alors luttons contre et rions un peu en s'imaginant gardien de vaches !!!

    Belle journée à toi en famille et bises

    6
    Samedi 13 Juin 2015 à 08:30

    happy N'est-ce pas, ma chère Danaé ? 

    Bonjour Jamadrou. Les textes de Siddharameshwar Maharaj sont de purs délices... Tu peux les relire à satiété !

    7
    Samedi 13 Juin 2015 à 11:34

    Bonjour


    Voila un article bien intéressant!


    La culture indienne est vraiment fascinante!


    Bisous

    8
    Samedi 13 Juin 2015 à 15:02
    daniel

    Un vrai travail d'ascète pour déchirer le voile de l'illusion !

    9
    Samedi 13 Juin 2015 à 22:59

    Bonjour Wolfe ! Oui, la spiritualité indienne est de l'or pour toute l'humanité.

    Bonsoir, Daniel : un travail d'ascète, ou simplement une vigilance de tous les instants ? Si l'on comprend vraiment que tout est illusion, il n'est pas besoin d'ascétisme, mais seulement du courage pour revenir à soi à tout instant.

    10
    Lundi 15 Juin 2015 à 09:33
    Sabine la pèlerine

    Bonjour Martine !

    J'ai toujours rêvé de garder des "chèvres" (sourire !).

    La vache est un symbole souvent repris ("Alain" vient de publier une magnifique fable entre un héron et une vache). Et il est vrai que j'ai souvent perçu dans les yeux de cette ruminante quelque chose de profond, de méditatif ............

    Chaque seconde du jour peut devenir une crème à se délecter, si l'on comprend déjà que le temps, la vie, sont de pures offrandes à accueillir avec joie et humilité !

    J'aime toujours autant tes textes, qui ouvrent les portes d'un idéal lumineux ....!

    Je fais voler vers le pré de ton âme mille oiseaux chantants : sabine.

    11
    Lundi 15 Juin 2015 à 09:50

    glasses  Merci, Sabine, j'ai reçu ces mille oiseaux chantants et ils m'ont charmée ! Oui, moi aussi j'aime beaucoup les vaches auxquelles je trouve une personnalité certaine. L'explication en est simple : tout ce que nous voyons est notre miroir. Tout ce que nous observons contient une image d'une partie de nous-même... C'est donc une belle occasion pour nous observer nous-même ! Et pour comprendre que tout ce qui est "projeté" n'est forcément pas notre être véritable, puisque l'être véritable ne peut se distinguer de nous et ne peut donc être projeté...

    Bisous et belle journée ! 

    12
    Lundi 15 Juin 2015 à 10:26

    Dans ma jeune vie, je fus "vacher".... j'aimais bien ces animaux...  qui sont très intelligents...

    13
    Lundi 15 Juin 2015 à 16:33

    Oui, mon père (qui se prénommait Jean) l'a fait aussi un peu pendant la guerre, envoyé de Paris chez des cousins en Limousin... 

    14
    Lundi 15 Juin 2015 à 21:25

    merci pour ta visite - le coquelicot m'émeut par sa fragilité - quand le vent souffle, il va et vient et les pétales s'envolent - quand il naît de sa coque il est fripé comme une robe de soie avant d'être repassée. Sa couleur est si pure qu'elle se voit de loin. Bonne soirée 

    15
    Lundi 15 Juin 2015 à 21:41

    Tu m'apprends quelque chose ! Je ne savais pas que le coquelicot "naissait" ainsi d'une coque comme un papillon d'une chrysalide....

    16
    Mardi 16 Juin 2015 à 10:43

    Etre gardien de vaches et laisser au loin les passions qui nous égarent.

    Leur sérénité ruminante peut passer pour de la passivité elle n'est qui détachement et attention à leur tâche dédiée.

    Belle journée Aloysia

    Bisous

    17
    Mardi 16 Juin 2015 à 15:00

    Oui, comme tu dis ; la sérénité du berger est aussi digne d'aspiration ! Surtout s'il souffle si joliment dans sa flûte en même temps, les charmant à l'instar d'Orphée avec sa lyre ou de Saint François avec sa parole ! Bisous. 

    18
    Mardi 16 Juin 2015 à 18:43

    Enfant, j'ai gardé non pas les vaches, mais les chèvres. Il fallait ne pas les quitter des yeux, sinon, en un rien de temps, elles étaient dans le champ du voisin ou à l'autre bout du pré sous un pommier !


    Observer ainsi son propre mental... J'aime la métaphore du berger.


    Mes amitiés


    Alain 

    19
    Mardi 16 Juin 2015 à 19:34

    Les chemins vers le Soi sont multiples ... Amitiés.

    20
    Mardi 16 Juin 2015 à 22:56

    Alain : oui, je connais les chèvres, il y en a dans le Berry !

    Ariaga : multiples à la base, mais bientôt réunis pour se rejoindre au sommet !

    Bisous à tous deux !



    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :