•   
        La vulnérabilité, voici une qualité qu'il me paraît essentiel de posséder pour évoluer vers plus d'ouverture et de réceptivité. En effet, son contraire est la fermeture, l'inaptitude à se laisser toucher. 

         Il me semblait bien en avoir entendu parler dans les tarots dédiés au développement spirituel, mais lorsque je l'ai cherchée je ne le trouvai ni chez Pierre Lassalle (Le Tarot de l'Individualisationtrente clés pour l'éveil spirituel, éditions De Mortagne, 1992) ni chez Osho dans le Tarot Zen (éditions du Gange, 1995) : ce dernier lui préférait la toute simple "réceptivité" qui pourtant ne correspondait pas à mon ressenti. Par contre dans son premier tarot, le Tarot de Rajneesh publié au Voyage Intérieur en 1991 il y avait bien une carte "la vulnérabilité" mais qui ne me convainquit pas non plus...

     

    Rajneesh-La Vulnérabilité

     

          Elle représente un disciple à ce point vulnérable à l'autorité de son maître que celui-ci a pu le tuer d'un coup de bâton un jour qu'il s'était laissé distraire. Le cas nous paraît excessif, encore que l'on puisse toujours supposer qu'il s'agisse d'une mort de l'ego seulement, mais ce n'est pas ce que sous-entend Rajneesh. Ce qu'indiquait celui-ci, c'est simplement que le disciple avait d'avance accepté que le maître fasse de lui ce qu'il veut, quitte à le tuer. Nous ressentons alors une sorte d'"abus de pouvoir" de la part de celui qui se prétend "maître" et ce n'est pas le sens que je donnerais spontanément au mot vulnérabilité...

        Cependant ce m'est l'occasion de citer un autre passage de l'oeuvre de Rajneesh qui me paraît fort intéressant.

    Rajneesh- Mon Chemin

     
       Dans le livre "Mon chemin, le chemin des nuages blancs" paru aux éditions Le Voyage Intérieur en 1988 et constitué de quinze matinées durant lesquelles il répond à chaque fois à une question différente, je trouve cette question : "Dois-je trouver mon ego avant de le perdre ?" à laquelle la réponse vaut vraiment que l'on s'y arrête. Voici ce que dit Osho :

    «  Avant de pouvoir le perdre, vous devez aller au bout de votre ego. Seul le fruit mûr tombe sur le sol. Tout est dans la maturité. Votre ego non arrivé à maturité ne peut être abandonné, ne peut être détruit. Et si vous luttez contre un ego qui n'est pas mûr, pour le détruire et le faire disparaître, tout ce travail se soldera par un échec. Et plutôt que de le détruire, vous le retrouverez plus fort dans de nouveaux tours subtils.
        C'est là une chose fondamentale à bien comprendre : l'ego doit être arrivé au sommet, il doit être solide*. Il doit avoir atteint une plénitude - ce n'est qu'alors que vous pouvez le dissoudre. Un ego faible ne peut être dissout. (...)

       En Orient, toutes les religions prêchent l'état sans ego. (...) Cette attitude d'opposition fait que l'ego ne devient jamais fort, il n'arrive jamais au degré de plénitude où il peut être abandonné. (...) C'est pourquoi il est très difficile en orient de dissoudre l'ego : c'est presque impossible.

         A l'Ouest, toute la tradition occidentale (...) persuade les gens d'avoir de solides egos. Comment survivre en effet si vous n'avez pas un ego fort ? (...) Il est très facile en occident de dissoudre l'ego. En effet, lorsqu'un chercheur occidental arrive à comprendre que le problème, c'est l'ego, il peut le faire disparaître facilement - plus facilement que n'importe quel chercheur oriental. »

     

          Cet exposé encourageant permet aussi de comprendre que la carte évoquée ci-dessus s'appliquait à un disciple de type oriental... Et qu'en fréquentant davantage les occidentaux Osho a modifié sa manière de voir. En effet dans le Tarot Zen il a intégré une carte qu'il intitule L'isolement, mais qui correspond à ce que j'appelle, moi, développer la vulnérabilité.

     

    Zen - L'isolement

     

        Les couleurs intégrées au diamant qui contient le numéro de l'arcane correspondent aux quatre éléments, et ici nous trouvons avec le gris l'élément "Air" en analogie avec l'univers mental. En voici la description :

    «  Tout le monde se dit, un jour ou l'autre, que la seule façon de survivre est de bâillonner ses sentiments et ses émotions afin de ne plus être meurtri. Si la douleur est particulièrement profonde, nous essayons même de l'éliminer de notre conscience. 
         Pour cela, il faut que nous nous fermions comme un bastion et devenions une sorte de bloc de glace, car secrètement nous savons que la moindre ouverture libérera la douleur et nous plongera de nouveau dans la souffrance. 
         Les larmes multicolores du personnage de cette carte indiquent comment échapper à cette claustration affective. Seules les larmes ont le pouvoir de faire fondre la glace psychique. Il est naturel de pleurer et cela n'a rien de honteux. Pleurer nous aide à évacuer la douleur, nous permet d'être gentil avec nous-même et en définitive contribue à notre guérison. »

     

         C'est cela pour moi la vulnérabilité : accepter d'être touché, d'être blessé, pour rester souple et ouvert. Ne pas s'enfermer dans une armure. Les larmes apportent la compréhension non seulement pour soi-même, mais aussi pour les autres auxquels on devient plus réceptif, avec lesquels on se montre plus tolérant.

         Être vulnérable est la qualité première de toute personne se disant adulte et mature, elle ouvre aussi à la véritable innocence, qui consiste à être incapable de nuire.

         Ceci me rappelle irrésistiblement cette phrase des Béatitudes (Matthieu 5, 4) :

    «  Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. »

        Un peu de musique pour terminer, cet extrait (la fin) de la 3e Béatitude, tiré de l'Oratorio de César Franck (Les Béatitudes, Orchestre Radio-Symphonique de Stuttgart dirigé par Helmuth Rilling).

          Les larmes ouvrent le cœur... 

     


      *   Dans Je ne parle que de vous aux éditions des deux Océans (2014) Shri Ranjit Maharaj semble de cet avis lorsqu'il affirme : « Soyez sans peur et rugissez comme un tigre, ne soyez pas une petite souris qui fuit toujours ici et là ! »

     


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  •     Voici venu le jour des citrouilles et des potirons. Dans les rues sorcières et macchabées vont défiler, coiffés d'araignées ou de crânes verdâtres. La saison s'y prête, avec ses couleurs orangées et ses troncs noircis, avec l'effeuillage des arbres et l'effondrement de la sève.

         C'est le moment de tirer cette carte et de méditer à son sujet.

     

    Dakini-13-Death Transfiguration
    Carte du tarot des Dakinis

     

              Elle m'a toujours évoqué le magnifique poème de Victor Hugo, "Mors" (les Contemplations), dont je me rappelle surtout les 3 premiers et les 2 derniers vers :

     

         «  Je vis cette faucheuse. Elle était dans son champ.
         Elle allait à grands pas moissonnant et fauchant,
         Noir squelette laissant passer le crépuscule. 

         (...)
         Derrière elle, le front baigné de douces flammes,
         Un ange souriant portait la gerbe d'âmes. »

     

       Cet ange, je le vois tout à fait comme un petit enfant, un angelot dont le sourire est presque triomphant. Et la gerbe semble ici indifférenciée : car une fois rassemblées, toutes les âmes lumineuses ne forment plus qu'une seule et même lumière. Si le travail est bien fait, aucune ne manque à l'appel ! On ne peut supposer qu'une seule ait pu être perdue.

        Mais voyons de nouveau la lame du tarot des Dakinis.

        Ce n'est pas un ange, mais le squelette lui-même dont le front est baigné de "douces flammes"... Inutile donc d'effectuer une séparation entre l'Ankou et le monde divin, ni d'y ajouter des humains éplorés. Ce n'est pas la personnification de la Mort dont il s'agit ici, mais la représentation du Chercheur lui-même qui, après s'être dépouillé de tout ce qui le caractérisait (sa forme, ses sensations, ses perceptions...) pour ne garder qu'une ossature, se débarrasse aussi de toute sa mémoire, de tout son passé, de toutes ses connaissances et de tous ses projets. Il s'identifie aux arbres qui perdent leur feuillage et fait place nette autour de lui. Mais ce n'est pas pour errer dans les cimetières comme un résidu de chair décomposée à l'abandon... Non, les chairs décomposées n'errent pas, elles se transforment ; elles nourrissent la terre pour produire d'autres fleurs et d'autres vies.

    Marseille - XIII
    L'équivalent sur le tarot de Marseille

     

         Et si ce personnage, inspiré du tarot de Marseille (comme les 22 premières lames du jeu), ne nous montre pas clairement ce qu'il fauche (un tambour ? Tout ce qui faisait sa gloire et lui permettait de se faire entendre ?) par contre il ajoute qu'un feu l'anime encore, transporté au sommet de son être : prêt peut-être à s'en évader mais du moins, comme le signale la légende sous la carte, à même de transformer le Mort à ce monde en Être de lumière.

         Ce "passage obligé" par le tombeau et l'affrontement de sa propre mort est bien connu de tous les rituels initiatiques. C'est le cycle même de la vie qui nous l'impose. A chaque automne, la nature meurt pour renaître au printemps ; à chaque naissance, fera suite une mort qui n'empêchera pas une autre naissance. Sans hiver, nous ne connaissons pas de printemps et sans nuit nous ne connaissons pas la fraîcheur des matins. La mort est donc même une bénédiction, car elle soulage de tout ce qui est usé, abîmé, corrompu alors que la vie est précisément ce qui use, abîme et corrompt.

          Envisager cette vérité lucidement est une nécessité, que chaque année la nuit d'Halloween vient nous rappeler.

     

     

     


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  •     

          Le thème astral est un cliché instantané du disque de l’équateur céleste au moment de notre naissance à ce monde.

           L’étudier permet de mieux comprendre le fonctionnement de notre personnalité, et si certains astrologues sont aptes à des prédictions, c’est uniquement parce que les événements de notre vie sont le fruit des tendances de notre personnalité. De plus, les astres que l’on représente et qui servent de base aux interprétations sont les symboles universels des forces qui nous gouvernent, aussi étudier leur mouvement permet d’anticiper certains états d’âme (je ne dirai pas « situations », mais ressentis par rapport à celles-ci) et ainsi de s’y préparer psychiquement, ou encore de mieux les comprendre.

          On affirme que « l’éveillé » est au-delà de son thème. Sans doute, dans la mesure où il a dépassé sa personnalité terrestre. Mais avant cela, il est parfois utile d’examiner à travers ce miroir notre propre fonctionnement : comment « lâcher » son ego si on ne le connaît pas ? S’il nous assaille par surprise à travers mille émotions incontrôlées ? 

          À titre d’illustration je suis allée sur le site « astrothème » et y ai trouvé le thème natal de Clara Schumann, dont c’est l’anniversaire aujourd’hui... 

     

    Clara Schumann

     
       Née le 13 septembre 1819 à 23h30, cette merveilleuse pianiste fut l’épouse adorée et admirablement fidèle (car elle lui survécut longtemps) du compositeur Robert Schumann.

    Le Thème Natal de Clara Schumann - Astrothème

         Quand vous regardez ce type de représentation, vous devez vous imaginer la terre au centre du cercle, avec le bébé qui naît dessus. Les signes affichés du zodiaque se déroulent sur l’Équateur céleste (qui est la projection de l’Équateur terrestre), ligne sur laquelle uniquement se déplacent les différents astres : le soleil, la lune et les planètes du système solaire. C’est à cause de cette particularité que le zodiaque a été retenu : parce qu’il est l’avenue majestueuse sur laquelle semblent marcher les planètes et les luminaires, au fil des mois et des années, la toile de fond de leur rayonnement. Mais les heures du jour y ajoutent un cadre spécifique : en effet, sur ce dessin vous apercevez la ligne d’horizon, qui va de l’ »ascendant » (ou levant, l’horizon est où se lèvent les astres, indiqué par AC avec une petite flèche) au couchant nommé « descendant », à l’opposé (horizon ouest, à droite, ici visible seulement par une encoche noire). En haut nous avons le « milieu du ciel » (MC) ou point culminant de l’équateur céleste au midi de la journée, qui se trouve plus ou moins au milieu du dessin suivant la saison, avec à son strict opposé le « fond du ciel » (ici juste une encoche noire en bas). Quand Clara est née il était près de minuit, et c’est ce que nous pouvons voir avec ce soleil tout proche du point « fond du ciel » et y arrivant par la droite puisque le couchant est à droite sur le dessin. 

           Selon l’interprétation traditionnelle, toutes les planètes situées à gauche (vers l’ascendant) représentent des tendances du sujet à se valoriser, à se mettre en avant, à s’affirmer : c’est la zone du « moi ». Avec la lune en Cancer, Clara s’affirme comme une personne très douce et romantique ; cependant Mars juste au dessus indique une combativité rare, dont elle fera preuve à la fois dans son acharnement au travail (ce fut la plus grande concertiste de son siècle !) et dans sa détermination à combattre son père qui refusait catégoriquement sa relation avec le compositeur Robert Schumann, mais dont elle viendra à bout.
         À l’opposé, toutes les planètes ou astres situés à droite (vers le couchant) représentent les qualités que le sujet prête aux autres, ses attentes ou son comportement en société. Clara a deux planètes lentes dans ce secteur, plus Jupiter, ce qui montre pour elle l’importance du public, et son exigence de se donner à fond (Neptune, planète mystique) dans un engagement novateur (Uranus, planète révolutionnaire). 

           Au milieu du ciel les planètes évoquent les aspirations du sujet et son évolution de carrière : ici, deux planètes lourdes et très lentes également, Saturne et Pluton, semblent indiquer un tempérament très concentré et obstiné qui pour atteindre ses buts est prêt à tout, quel que soit le prix à payer (Saturne, l’exigence absolue ; Pluton, le dépassement de soi). En effet, veuve dès 1856, soit 16 ans seulement après son mariage, elle donna des concerts jusqu’en 1891 (jusqu’à l’âge de 72 ans).

          Enfin, le « fond du ciel » évoque le nid, le foyer, la vie familiale. C’est là que se situe pour Clara le principal luminaire, le soleil, et c’est dire combien pour elle comptèrent son foyer et sa vie intime... Malgré ses 14 ans seulement de vie conjugale active (mariée en 1840 dès sa majorité, elle voit son mari hospitalisé dès 1854), elle éleva 8 enfants ! (voir ici). Auprès du soleil nous remarquons Vénus et Mercure, qui représentent l’amour et l’enfance, toute la joie de ce thème astral écartelé.

         En effet, comme vous le voyez il s’ajoute à tout cela des « aspects » : les lignes rouges indiquent des oppositions ou les côtés d’un carré (aspect nommé par contraction un « carré »), ce qui est plutôt stressant, tandis que les lignes bleues indiquent des relations plus harmonieuses entre les planètes (la verte étant plus inconsciente et moins puissante). Et chez Clara, un groupe de planètes se trouvant à chaque angle du ciel, on peut dire qu’elle était sujette à de vives tensions, tiraillée d’une part entre sa carrière et sa vie intime, et d’autre part entre ses aspirations personnelles et l’exigence du public. Dans d’autres thèmes vous pourriez trouver des relations plus harmonieuses et notamment des rassemblements de planètes sur un secteur seulement, ce qui donnerait des personnalités plus d’un bloc, plus unifiées peut-être mais aussi plus figées dans un type de comportement.

    Croix cosmique selon Pierre Lassalle
    Illustration extraite de l’ouvrage de Pierre Lassalle
    « Pratique de la nouvelle Astrologie »
    paru aux éditions De Vecchi en 1987

          Et c’est là que je voulais en venir... Comme l’indique magistralement le « thème astral », toutes ces forces se situent à la périphérie de nous-même. Ce grand cercle, avec à gauche le « moi », à droite « les autres », en haut « les aspirations », en bas « l’intimité », tout cela, ce n’est pas nous ! Nous, nous sommes au centre.

          Comment sortir de nos schémas ? 

          En les dénouant l’un après l’autre par l’observation des forces en présence.

          Revenir au coeur de la roue zodiacale, ce n’est ni entrer dans son intimité (le fond du ciel), ni renforcer son moi (l’ascendant), ni s’adonner aux autres (le couchant), ni valoriser ses aspirations (le milieu du ciel). Celui qui, comme Clara Schumann, a un thème en forme de « Croix cosmique » a peut-être plus de facilité malgré son écartèlement à trouver le point central de toutes ces forces.

            C’est en tout cas le dépassement ultime auquel nous sommes invités. Et, sortant du « Zodiaque », tels des enfants abandonnant le zoo familier, peut-être atteindrons-nous l’éveil ?

           Qui sait.

     

     


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  •     Voici, comme convenu, un conte en complément de celui d'hier.

        En effet les cartes du tarot de Rajneesh (appelé maintenant "Tarot d'Osho") s'éclairent souvent les unes les autres, et malgré les titres qui semblent les définir, sont souvent interdépendantes. D'où l'intérêt de posséder le jeu et d'effectuer des tirages dans lesquels on en aligne plusieurs pour répondre à une question. 

         J'apporte cependant tout de suite une précision sur la nature de ce jeu pour éviter les confusions : c'est le premier qu'ait publié le maître indien, édité pour la première fois en 1983 à Zürich puis repris en France par les éditions "Le Voyage Intérieur" en 1991. Il présente 60 cartes qui sont toutes un sujet de réflexion et permettent de s'auto-observer en étudiant le texte qui leur est lié et en s'imprégnant du message contenu dans l'image. Pour plus de clarté en voici la couverture face et dos :

    Tarot-Rajneesh1.jpgLa carte affichée en couverture s'intitule "la concentration" et relate une aventure survenue à Saraha,
    le maître du tantra, qui eut la révélation de ce qu'était la méditation en regardant une femme de basse caste
    confectionner des flèches.


    Tarot-Rajneesh2.jpgDescription du contenu (vous pouvez agrandir)

     
         Rajneesh développera par la suite ce principe dans un tarot beaucoup plus méditatif, plus symbolique et plus construit, qui s'appellera le "Tarot Zen" : composé d'arcanes majeurs et d'arcanes mineurs, avec quatre familles d'arcanes mineurs correspondant chacune à un élément, ce dernier est beaucoup plus ésotérique, quoique formé de lames affectées elles aussi à des thèmes qu'éclairent un texte explicatif. Sa portée est plus intuitive, les cartes richement dessinées portant toutes un message fort. Publié pour la première fois à Zürich en 1994, celui-ci paraîtra en France aux éditions du Gange l'année suivante. On le trouve encore, sous une présentation nouvelle (par exemple ici).

    Tarot-Zen1.jpg

    La lame représentée en couverture est l'arcane majeur n°2, "la Voix Intérieure"

    Tarot-Zen2.jpg(Verso du jeu : vous pouvez agrandir)

      

          Je reviens donc à ma carte du premier jeu de tarot, qui s'associe à une petite histoire.

       Celle-ci s'intitule "le jugement", et j'avoue avoir longtemps mal compris cette dénomination, le mot "jugement" ayant plusieurs significations : tantôt je croyais qu'il s'agissait du substantif utilisé dans la langue classique pour désigner une qualité humaine, la faculté de raisonner, et qui peut se dire également "discernement". Mais il ne s'agissait pas de cela. Tantôt je croyais qu'il s'agissait de l'acte juridique, dans un tribunal : passer en jugement, être examiné de fond en comble, rendre des comptes à ses pairs. Mais non, il ne s'agissait pas de cela non plus...

    Le-jugement.jpg

       L'image portée sur la carte, voulant rendre compte de la totalité de l'histoire, n'était pas bien claire non plus... Et pourtant je tirais cette carte très souvent ! Cela me permit de lire et relire le conte qui y était associé, et de comprendre qu'il s'agissait en fait du "jugement que l'on porte sur les choses lorsqu'elles arrivent "... 

     

    Le Jugement

    (lame 27)

       Voici une histoire que Lao-Tseu aimait raconter.

       Un pauvre chinois suscitait la jalousie des plus riches du pays parce qu'il possédait un cheval blanc extraordinaire. Chaque fois qu'on lui proposait une fortune pour l'animal, le vieillard répondait :

      - Ce cheval est beaucoup plus qu'un animal pour moi, c'est un ami. Je ne veux pas le vendre.

        Un jour le cheval disparut. Les voisins rassemblés devant l'écurie vide donnèrent leur opinion :

       - Pauvre idiot, il était prévisible qu'on te volerait cette bête ! Pourquoi ne l'as-tu pas vendue ? Quel malheur !

        Le paysan se montra plus circonspect :

       - N'exagérons rien, dit-il. Disons que le cheval ne se trouve plus à l'écurie. C'est un fait. Tout le reste n'est qu'une appréciation de votre part. Comment savoir si c'est un bonheur ou un malheur ? Nous ne connaissons qu'un fragment de l'histoire. Qui sait ce qu'il adviendra ?

        Les gens se moquèrent du vieil homme. Ils le considéraient depuis longtemps comme un simple d'esprit.

         Quinze jours plus tard, le cheval blanc revint. Il n'avait pas été volé, il s'était tout simplement mis au vert et ramenait une douzaine de chevaux sauvages de son escapade !

        Les villageois s'attroupèrent de nouveau :

       - Tu avais raison, ce n'était pas un malheur mais une bénédiction.

       - Je n'irais pas jusque là, dit le paysan. Contentons-nous de constater que le cheval blanc est revenu ; mais comment savoir si c'est une chance ou une malchance ? Ce n'est qu'un épisode. Peut-on comprendre le contenu d'un livre en n'en lisant qu'une phrase ?

        Les villageois se dispersèrent, convaincus que le vieil homme déraisonnait : recevoir douze beaux chevaux était sans nul doute un cadeau du ciel, qui pouvait le nier ?...

        Le fils du paysan entreprit le dressage des chevaux sauvages. L'un d'eux le jeta par terre et le piétina.

         Les villageois vinrent de nouveau donner leur avis :

         - Mon pauvre ami ! Tu avais raison, ces chevaux sauvages ne t'ont pas porté chance ! Voici que ton fils unique est estropié ! Qui donc t'aidera dans tes vieux jours ? Tu es vraiment à plaindre !

         - Voyons, rétorqua le paysan, n'allez pas si vite. Mon fils a perdu l'usage de ses jambes, c'est tout. Qui dira ce que cela nous aura apporté ? La vie se présente par petits bouts, nul ne peut prédire l'avenir.

        Quelque temps plus tard, la guerre éclata et tous les jeunes gens du village furent enrôlés dans l'armée - sauf l'invalide.

        - Vieil homme, se lamentèrent les villageois, tu avais raison ! Ton fils ne peut plus marcher, mais il reste auprès de toi tandis que les nôtres vont se faire tuer.

        - Je vous en prie, répondit le paysan, ne jugez pas hâtivement. Vos jeunes sont enrôlés dans l'armée, le mien reste à la maison, c'est tout ce que nous puissions dire... Dieu seul sait si c'est un bien ou un mal.

     

    Conclusion du maître :

       Ne jugez pas, sinon vous ne connaîtrez jamais la réalité. Vous réagissez obsessionnellement aux évènements et sautez aux conclusions : immédiatement, vous cessez de grandir. Le jugement déssèche votre intelligence. Votre mental aime prononcer des sentences parce que le flot mouvant de la réalité l'angoisse et lui fait perdre ses moyens.

        Le voyage ne s'achève jamais ; la fin d'une route est le commencement d'une autre. En fermant une porte vous en ouvrez une nouvelle et quand une montagne est gravie vous découvrez celle qui suit.

          L'homme courageux ne se soucie pas du but, il se contente de voyager, se satisfait du moment présent et grandit de seconde en seconde. Un tel homme fusionne avec le Tout.

     

         Pour moi, cette lame avec son histoire est une des plus importantes !

        Notez au passage que les sages sont souvent considérés par le tout-venant comme des imbéciles...

        Une musique pour accompagner votre méditation : "Auberge ", tirée des "Scènes de la forêt" de Robert Schumann et jouée par Abdel Rahman El Bacha. Après tout, mon propos ne rejoint-il pas ici celui de Sabine et de Martine, qui affirment que le chemin est notre maître le plus précieux ? 

     

     

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  •       Pour compléter l'article d'hier, précisons que le soleil, ainsi que la lune à quelques écarts près et les constellations du Zodiaque, tournent autour de la Terre (en apparence du moins) en suivant l’Équateur céleste (qui est la projection dans le cosmos de l'équateur terrestre), ou suivant ce que l'on appelle le "plan de l'écliptique".

          Le dessin ci-dessous indique clairement qu'en été la course du soleil se rapproche du pôle céleste Nord (qui n'est que la projection dans le cosmos du pôle nord terrestre), et en hiver du pôle céleste Sud ; tandis que seuls le printemps et l'automne le voient suivre une ligne équilibrée entre ces deux pôles (en vert).

     

    ecliptique.png

    (Image tirée du site "astronomie et mécanique céleste")

     

            Cependant les représentations sont toujours très peu explicites, et surtout ne tiennent absolument pas compte de ce que l'on voit la nuit.

            Lorsque j'ai quitté la ville d'où les portions de ciel étaient à peine visibles pour vivre en rase campagne dans une région très plate, j'ai appris énormément de choses sur le ciel, et chaque jour en revenant de mon travail ou en m'y rendant, j'ai pu observer avec intérêt des phénomènes atmosphériques d'autant plus spectaculaires que je me situais comme sous un globe, pouvant apercevoir les horizons à 360° tout autour de moi (voir ici).

           Cependant le sol m'était visible, avec ses routes droites, ses bosquets et ses maisonnettes au loin. C'est ainsi qu'au fil des saisons j'ai pu voir avec certitude les points de lever et de coucher du soleil, si différents et même TRÈS éloignés d'une saison à l'autre. C'est ainsi que j'ai pu également expérimenter qu'à certaines époques de l'année - fin mars et fin septembre très exactement - il ne fallait pas emprunter telle voie par temps clair vers 18h30, car orientée plein ouest elle nous mettait face à un soleil rasant qui aveuglait totalement, comme posé sur la route... ce qui n'était pas le cas aux autres époques de l'année.

          Cet autre croquis rend compte assez fidèlement de la chose :

    Trajet-Soleil-Ecliptique.gif

    Image empruntée à ce site d'astronomie

     

          On peut y voir clairement sur le trajet bleu qu'aux équinoxes le soleil se lève à l'Est et se couche à l'Ouest, mais qu'en hiver (trajet vert) il se lève et se couche plus au sud, et en été (trajet rouge) il se lève et se couche plus au nord.

     

          Cependant jamais on ne parle de la trajectoire des astres de nuit !!

          Pourtant, la simple observation des signes du Zodiaque permet de remarquer qu'en été ils rasent l'horizon sud (notez que l'équateur céleste se situe toujours vers le sud, tandis qu'en regardant au nord on trouvera l'étoile polaire et son environnement de petits et grands chariots), alors qu'en hiver ils sont presque à la perpendiculaire au-dessus de nos têtes.

     

    sud_aout.jpg

     

          Selon le site UPPP.free, voici le ciel du mois d'août en direction sud : vous y voyez du sud-est au sud-ouest le Capricorne et le Sagittaire juste sur l'horizon, ce dernier piquant même du nez pour plonger vers la terre... Souvent d'ailleurs on le voit mal parce qu'à ce niveau il se dégage des brumes de chaleur ou une clarté émanée des habitations au sol, ce qui m'a toujours déçue parce qu'en fin de compte c'est l'été que l'on regarde le plus facilement le ciel et les signes du zodiaque y demeurent difficilement perceptibles.

     

    sud_jan.jpg

     

       Maintenant, toujours selon le même site, voici le ciel de janvier, orienté exactement dans la même direction. Admirez la hauteur qu'ont prise les signes du Taureau et des Gémeaux ! Généralement, seul Orion nous est perceptible, car il nous fait face et nous impressionne par sa luminosité et sa majestueuse ampleur ; mais pensez qu'il est encore sous l'écliptique, et que le Zodiaque est encore plus élevé dans le firmament !

     

         Eh oui, si vous n'étiez pas convaincus, voici l'un des mystères de notre position sur cette planète qui bascule et qui tourne dans l'univers... Et quand au XVIIIe siècle les marins s'orientaient selon les astres pour parcourir les mers, ce n'était pas à la simple boussole, mais avec des outils astronomiques très élaborés, tels que le sextant ou l'astrolabe qui permettaient de déterminer la hauteur d'un astre sur l'horizon et à partir de là de calculer la latitude du navire.

     

    Sextant-2.jpg

    Un sextant. Photo Wikipedia

     

      


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