•            Pour ceux qui aiment Michel Pépé... (un artiste au cœur débordant...)

           Voici son très beau "Gloria" tiré de "Diamant Solaire" - accompagné ici de l' "Ouverture"qui le précède et qui débute le disque (le Gloria proprement dit commence à 3'48).

             La vidéo est très belle et inspirante, il est conseillé de la regarder plein écran. Il est dommage que le son crache un peu.

     

     

     

     

     


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    Noël

     

    «  Et le Verbe s’est fait chair,
    Il a habité parmi nous, 
    et nous avons vu Sa Gloire,
    Gloire qu’Il tient de son Père comme Fils Unique,
    plein de Grâce et de Vérité. »


    Prologue de l’Évangile de Jean, verset 14 

     


           
    Jean-Yves Leloup, lorsqu'il déclame ce Prologue en terminant juste sur le début de ce verset, préfère utiliser le terme grec de Logos. En effet, tandis que le mot latin Verbum représente un simple "mot prononcé" (que les bibles catholiques traduisent souvent par Parole), le Logos grec a une signification plus vaste d'exposé logique (ce mot français en dérive d'ailleurs, comme tous les termes désignant une science qui s'achèvent par "-logie") ; de discours ou de raisonnement.

          Pourquoi cette idée est-elle utile ? Parce que, comme Jean l'indique par la suite, "tout a été fait par lui", ce qui implique un développement spontané de la création avec l'apparition d'un monde organisé et celle de la loi de cause à effet. Ainsi le Logos, ou "Verbe" dans cette acception particulière, n'est pas assimilable à un Être de type humain, comme nous l'entendons malgré nous à travers les dénominations de "Père" et de "Fils" et surtout par l'assimilation à Jésus, mais serait plutôt un développement naturel de ce qui est appelé initialement "le Principe" ou "l'Origine". 

          De plus, Leloup remet (comme Chouraqui à cette page) tout ce prologue ou presque au présent, tandis qu'il est au passé dans le texte grec et qu'on le  traduit généralement au passé. Pourquoi ? Pour mettre en évidence son côté initiatique bien sûr : ce qui est relaté dans ces versets n'est pas un quelconque événement inscrit dans notre histoire, si fondateur soit-il ; c'est le fonctionnement même de la Vie, la structure même de notre expérience de chaque instant, en dehors du temps, dans la dimension de l'Absolu.

            De la Source jaillit la Lumière, et cette Lumière fait être tout ce qui est, en s'y insufflant sous forme de Vie. Elle "se fait Chair", c'est-à-dire qu'elle prend l'apparence d'une forme, d'une matière afin de nous atteindre et que nous puissions la percevoir - elle qui est bien au-delà.

             Mais dès que l'on parle de Lumière on sous-entend obligatoirement son contraire, la Ténèbre - de même que dès que l'on parle de la Vie on sous-entend aussitôt la Mort. Tout cela est la logique émanation du Souffle Premier, et plus peut-être à la manière dont on émet une parole qu'à la manière dont on engendrerait un enfant ; mais il est également éclairant de parler d'un fils par rapport à son père, car le fils porte par définition l'hérédité et la ressemblance du père, il est par définition de même nature que son père.

          Tous ces termes sont donc des images ayant pour seul but d'éveiller en nous une compréhension supérieure, et non des phrases à prendre "à la lettre".

           Noël est une fête sacrée, qui célèbre ce moment où de la nuit profonde jaillit en nous la Compréhension, le moment où, à travers ces ténèbres dont nous sommes constitués (ténèbres au sens d'absence d'existence propre, absence de réalité intrinsèque), nous découvrons soudain cette merveille du Verbe Créateur éclos en nous, de la Vie qui nous traverse et nous donne réalité, la seule Réalité de Dieu !

         Or de même que la Réalité ne peut être effacée, de même la Lumière ne peut être éclipsée par les Ténèbres : en effet, comme l'expliquait un jour Mooji, lorsque vous êtes dans une pièce noire et que vous ouvrez les volets sur le jour, la lumière envahit votre pièce ; mais lorsque vous êtes dans une pièce éclairée et que vous ouvrez les volets sur la nuit, la nuit n'envahit pas votre pièce, au contraire c'est votre pièce qui éclaire au-dehors. Il en va de même de la Vie. La Vie se répand d'un corps à l'autre et quel que soit le corps animé ou inanimé, elle est toujours présente dans les mêmes proportions, jamais limitée par quoi que ce soit.

           Ainsi non seulement le Verbe s'épanouit "en nous" (car le texte latin comme le texte grec utilisent cette préposition "en"), mais aussi "parmi nous" car étant la Vie, Il est en toutes choses répandu.

             Le contempler vraiment dans toute Sa Gloire, Sa Grâce et Sa Vérité, que ce soit sous la forme d'un tout petit enfant ou sous n'importe quelle autre forme, voilà ce à quoi nous aspirons tous secrètement. Voilà ce que l'on nomme Bonheur, Joie, Béatitude. Voilà le but de toute existence humaine, et le lot offert à tous ceux qui, croyant en "Son Nom" (c'est-à-dire acceptant d'en être les héritiers) découvriront qu'ils ne sont pas nés de la chair (donc qu'ils ne sont pas néant), mais sont bien les enfants du Principe originel exprimé en tant que Verbe-Lumière, et destinés à s'absorber définitivement en Lui... !

      

    Verbe vivant

     

     


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  •        À vouloir conserver un seul blog sur tous les sujets, j'ai du mal à faire des rubriques précises ! Toukârâm, qui mériterait sa propre rubrique car j'évoquerai plusieurs de ses poèmes, restera dans "citations" ; mais on le trouvera aisément par "recherche".

           Pour faire suite à l'article précédent où je l'ai un peu présenté, j'ajouterai ici que certains de ses textes sont difficiles à comprendre sans l'aide des commentaires ajoutés à la fin de l'ouvrage : soit qu'il se plaigne de son entourage familial qui le freine dans ses élans mystiques (étant né commerçant, la religion ne faisait pas partie des attributions de sa caste, et sa femme le rappelait souvent à son échoppe), soit qu'il critique les brahmanes qui, se prétendant autorisés à exhiber leur spiritualité, font des simagrées proches de la tartufferie. Passée la surprise née d'une formulation souvent lapidaire, on peut s'amuser de constater à quel point les mêmes situations se retrouvent, entre le XVIIe siècle oriental et le XVIIe siècle occidental, ou entre l'Inde et l'époque de Jésus.


    Osho Rajneesh-Tarot de la Transformation-56-La Dévotion

     

           J'y reviendrai certainement plus tard ; mais aujourd'hui je voudrais vous offrir ce poème qui me confond par sa tendresse.

     

    Une Goujarie s'en va quérir de l'eau : 
    toute sa pensée autour de sa cruche.
    Elle marche, son sari se dénoue,
    mais son cœur est là-bas.


    Un cerf-volant bondit dans l'espace :
    le voilà au plus profond du lointain.
    L'enfant retient le fil dans sa main,
    mais son cœur est là-bas.


    Un voleur commet un vol :
    il cache son butin dans la forêt.
    Il va et vient dans le village,
    mais son cœur est là-bas.


    Une femme est adultère :
    elle fait le ménage chez elle.
    Mais elle vit pour son amant seul,
    et son cœur est là-bas.


    Nous sommes plongés, dit Toukâ,
    en d'indifférentes occupations :
    que notre cœur jamais ne soit
    hors du Seigneur.


    Psaumes du Pèlerin, XLIX
    de l'édition Gallimard

     

            Comment ne pas songer à la chanson de Jean-Jacques Goldman :

    Quoi que je fasse,
    Où que je sois,
    Rien ne t'efface,
    Je pense à toi.

     

          Toukârâm montre patiemment des êtres très différents qui tous, même plongés dans d'autres occupations, restent focalisés sur leur pensée la plus chère. Et en ce sens, il opère une gradation, depuis la simple préoccupation de ne pas perdre l'eau si précieuse, jusqu'à l'amour secret enfoui dans le cœur d'une femme.

          Je note en particulier l'adjectif utilisé dans la dernière strophe : le traducteur, qui sans doute y a mis le plus grand soin, ne parle pas d'occupations diverses, mais "indifférentes" ; ce qui souligne il me semble le peu d'importance accordé à ces mouvements, usuels et plus ou moins machinaux - tandis que le cœur (ce qui en eux est orienté, l'attention et non seulement la pensée) reste ailleurs.

            Ces personnages sont l'exacte représentation de ce que le "fou de Dieu" vit en permanence : quoi qu'il fasse, où qu'il soit et même en accomplissant ses devoirs sans rien laisser paraître, il ne pense qu'à Son Seigneur, il demeure à Ses côtés, il demeure en Lui.

     

     


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    Etoiles

     

    Erat lux vera, quae illuminat omnem hominem venientem in mundum. 

    « Il était la Lumière véritable, qui illumine tout homme venant au monde. »

    Évangile de Jean, I 9

     

     

    Nous sommes tous des étoiles.

    Arrivant au monde nous devenons lumineux et nous mettons à briller.

     

    D'où venons-nous, lumineux ?

    Où retournons-nous, resplendissants ?

     

    Et comment ne pas nous voir nous-mêmes en chaque être rencontré ?

    Comment ne pas déborder de gratitude envers ceux qui,
    d'un seul regard scintillant, d'un seul propos lumineux,
    nous montrent qui nous sommes ?

     

     


    Remarque : en regardant les sapins de Noël j'ai eu la vision que leurs boules étaient toutes des lampes allumées et pouvaient faire penser à tous les humains de la planète s'illuminant soudain. Mais je ne les voyais pas clignoter, pas s'éteindre, juste s'allumer et rester allumées. Malheureusement je n'ai trouvé aucune image représentant cela.  Par contre j'ai eu l'impression que l'image ci-dessus, avec ses étoiles qui descendent du ciel, pouvait représenter ces hommes "venant au monde" : c'est pourquoi je l'ai retenue.

     


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    Toukârâm-Psaumes du Pèlerin

     

             Quel enchantement, d'avoir découvert les "Psaumes du Pèlerin" de Toukârâm, ce mystique indien du XVIIe siècle ! Publiés d'abord en 1956 je ne les savais pas réédités par Gallimard, pas plus que je ne connaissais vraiment ce saint qui, appelé par Dieu malgré tous les vents contraires (il était d'une caste de pauvres marchands où toute accession à la vie spirituelle était exclue), le chante d'une manière étonnamment proche de notre sensibilité chrétienne - malgré la seule différence des noms qu'il lui donne : Vithôba, Viththal ou encore Narayana, appellations locales de Vishnou, l'aspect "Amour" de la Trinité hindoue.

         Né à Pandharpour dans le Maharashtra, ville située au sud-est de Bombay où ont lieu aujourd'hui de nombreux pèlerinages en son honneur, il était illettré et afin de s'instruire apprit par cœur une immense quantité de textes fondateurs de la mystique indienne, jusqu'à écrire à son tour ou plutôt dicter à des disciples conquis ses propres enseignements. Ce comportement déchaîna la colère des brahmanes à qui revenait le rôle officiel d'enseigner, si bien qu'ils l'obligèrent à  jeter tous ses cahiers dans le fleuve Indrayani ; en larmes, il s'exécuta, mais se mit en prière et demeura devant le fleuve treize jours, au bout desquels dit-on les cahiers réapparurent intacts.

     

    Toukârâm- représentation classique du saint avec Vishnou derrière lui.

     
           À la manière de Kabîr dont il se serait inspiré et que j'ai déjà cité souvent (par exemple ici), il termine ses poèmes par "Toukâ dit...", amenant une sorte de sentence finale qui rappelle la "morale" des fables de La Fontaine. Notons à cette occasion que la terminaison "râm" semble avoir été ajoutée à son prénom en relation avec sa dévotion pour Râma, incarnation de Vishnou.

           Par ailleurs, son style peut surprendre par son côté elliptique. Comme le sanskrit ou le grec ancien, la langue marathe qu'il utilise était sans doute beaucoup plus structurée que les langues contemporaines, permettant des raccourcis puissants que le traducteur peine à retranscrire. On remarque en tous cas une grande vigueur dans les termes employés qui  font présumer chez leur auteur d'un caractère particulièrement énergique.

            Quel poème citer ?

          Peut-être y reviendrai-je plusieurs fois comme je l'ai déjà fait pour Kabîr. Mais comme j'évoquais ici la proximité de son langage avec la sensibilité chrétienne, en voici un exemple, destiné également à rassurer  ceux qui s'imaginent que se vouer à Dieu c'est fuir le monde.

     

    Notre monde est noué à Dieu :
    son amour y enchevêtre tout.


    Les fibres d'une corde qu'on tend
    s'unissent plus encore.


    Ne crache pas sur ce monde-ci,
    vois comme ton âme se mêle aux autres âmes !


    Leurs joies, leurs peines s'impriment dans ton cœur,
    les tiennes dans le leur, selon la même loi.


    Le regard ainsi simplifié, dit Toukâ,
    ton visage rayonnera sur tous.


    Toukârâm, Psaumes du Pèlerin, LXXX

     

    Vishnou

     


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