•  

         Sixième volet du conte commencé ici et dont j'ai résumé le début .

         Au 5e épisode le petit poisson m'envoie chercher mes réponses ailleurs, ou du moins sans son aide.

     

    Le Petit Poisson d'Or 6/7

     

           Je fermai les yeux.

         Je ne ressentais plus l’amertume de mes récentes mésaventures. Au contraire, les expériences que je venais de traverser me paraissaient étrangement futiles. Je découvris notamment que tout ce qui avait précédé ces instants s’était comme évanoui, me semblait n’avoir jamais existé ; et qu’il était clair pour moi que plus rien ne pouvait m’advenir, si ce n’est la réponse tant attendue à mon unique préoccupation, à la seule question que je me posais : d’où provient la lumière dont rayonne le petit poisson ?

           C’est alors qu’une impression bizarre me traversa.

         Je me souvins de ma plongée sous la rivière… Bien sûr j’avais été surprise, effrayée ; j’avais senti le contact de l’eau et perçu l’opacité du milieu aquatique. Mais… à aucun moment je n’avais cessé de respirer ! Oui, vraiment, il me semblait bien que j’avais respiré sous l’eau, toujours aussi tranquillement, comme si rien ne se passait !

           Mais alors, n’étais-je pas en train de rêver ?  N’est-ce pas dans les rêves en effet que l’on traverse sans effort tous les milieux quels qu’ils soient ?...

         Qu’étais-je donc ? Un être humain ou un poisson ? Et quel était cet univers dans lequel je pensais évoluer, si je rêvais ?

           Mes yeux se rouvrirent. C’était plus fort que moi. Un besoin de contrôle, de vérification : où étais-je ?...

          Si le halo lumineux environnant le poisson m’avait surprise, je considérais cependant comme naturelle la lumière dorée présente alentour. Je ne remettais pas non plus en doute la présence du soleil dans le ciel, en ayant pris évidemment l’habitude… Mais que se passerait-il si ce que je voyais n’était qu'une simple projection de ma pensée, c’est-à-dire un rêve ? Cela expliquerait le fait que j’aie entendu l’animal me parler alors que selon lui il n’avait jamais proféré mot !

         Mon cœur battait encore intensément de l’émotion suscitée par ses propos et cela, c’était bien réel. En effet ceux-ci n’avaient jamais été pour me flatter, ne faisant que détruire mes certitudes ! Quel sens pouvaient-ils donc avoir ? Que devais-je en comprendre ?

          Peu à peu certains me revenaient à l’esprit : « Celui qui m’a déposé là… » et « Qui es-tu, toi-même ?! » Si le petit poisson avait été « posé » là, d’où venait-il ?...  Et moi-même, d’où pouvais-je provenir et où allais-je ?

          Je regardai de nouveau les eaux, d’un regard différent. Leur surface étale, dont le courant était paisible, miroitait en renvoyant l’image du paysage impassible et silencieux. C’est en elles que se trouvait la vie, j’en étais maintenant certaine. Une vie plus secrète où pénétrait le Souffle sans le moindre obstacle.

     Le Petit Poisson d'Or 6/7

     

    ***

    (à suivre)

     

     


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  •      Ici s'ouvre le 5e épisode du récit que j'ai commencé , le 19 février dernier. J'avais promis d'en publier un tous les deux jours de façon à achever le 2 mars cette aventure entamée au moment où nous entrions dans le signe astrologique des Poissons. Il est clair que c'est une vue de l'esprit, une idée futile mais, comme l'indique ce conte, je suis assez attachée à la pensée "magique"... On m'a toujours reproché de croire au Père Noël : mais qu'est-ce que la Foi, sinon la certitude qu'il y a quelque chose qui nous dépasse et que par conséquent une impulsion, aussi sotte qu'elle paraisse, peut avoir une raison d'être encore ignorée ? 

         Ceci pour vous dire qu'étant loin de chez moi tout ce week-end, j'ai programmé cet épisode ainsi que le suivant à paraître respectivement les 27 et 29 février. Je vous demande donc par avance de m'excuser si je manque à vous répondre et demeure absente de vos blogs jusqu'à lundi après-midi sans doute - sauf opportunité imprévue ou tapotage exceptionnel sur un téléphone dont je ne garantis pas le résultat ! Mais ensuite je me rattraperai bien sûr.

        Je vous rappelle que, cheminant par monts et par vaux depuis des temps immémoriaux, je m'étais arrêtée dans un endroit particulièrement enchanteur où j'avais à ma grande surprise découvert un petit poisson d'or évoluant librement dans une rivière ; et que cherchant vainement à l'approcher, puis ayant découvert que je l'entendais me parler alors qu'il affirmait le contraire, j'avais fini par tomber dans la rivière et y couler complètement. J'en étais ressortie trempée et fortement ébranlée.

     

    Le Petit Poisson d'Or 5/7

     

             Je l’appelai donc à nouveau, d’une voix suppliante cette fois.

          «  - Petit poisson ! Petit poisson ! Aie pitié de moi ! Pourquoi ne puis-je te saisir ? D’où provient la lumière que je vois ici partout ? »

            Mais il n’y avait plus de réponse. Je ne le voyais ni l’entendais plus.

          Mes appels se firent plus insistants, et la déconvenue de ma situation finit par me tirer des larmes.

           «  - Petit poisson ! Ne me laisse pas ! Je veux savoir ! »

         Alors survint une voix moqueuse, issue d’un creux de roche par où j’aperçus en un éclair l’or de sa face :

           « - Es-tu sûre de vouloir rester ici ? Va chercher plus loin des petits poissons qui se laisseront attraper…  Tu n’as certainement rien compris à ce que je t’ai dit : la lumière que tu désires ne provient pas de moi. Trouve-la toute seule. »

             La foudre tomba à mes pieds. Comment !! Je venais précisément de découvrir que tout émanait de lui, et maintenant il fallait que je cherche ailleurs ? Mais OÙ ?! »

              Mes regards se posèrent à nouveau sur le chemin. Un joli chemin bordé d’herbes et de brindilles, parsemé de cailloux comme j’en avais déjà suivi des milliers depuis mon départ. Un chemin fleurant bon les baies sauvages qui le jouxtaient parfois et dont je m’étais déjà souvent régalée, mais parfois barré par des troncs effondrés ou de dangereux précipices. Un chemin que je connaissais par cœur et qui ne risquait pas de me montrer grand-chose de nouveau après ce que je venais d’apercevoir.

           Pénétrée de douleur, je me retournai vers le creux de roche où le poisson m’était apparu ; mais il n’y était plus.

           Cependant la lumière chaude du soir m’avait séchée, et je remarquai que cet endroit était aussi le plus beau qu’il m’ait jamais été donné de contempler. En effet il contenait à lui seul tout ce que j’aimais, ou plutôt tout ce dont j’avais besoin pour être heureuse. L’étincellement des glaciers sur la montagne d’en face m’apportait paix et réconfort ; ils luisaient comme un sourire et même comme une promesse. Sur ma gauche, sortant du bois, apparut un chevreuil qui m’observa quelques instants avant de s’enfuir vivement… Le chant cristallin du ruisseau se mêlait au souffle doux du vent, et les arbres frémissaient de temps à autre en émettant un bruissement profond. Une vaste respiration émanait de la Nature. Je me sentais soutenue par la totalité du site.

     

    ***

    (à suivre)

     


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  •          Voici le 4e volet du conte commencé ici. Par sa portée symbolique, il est aussi au "cœur" de l'histoire puisque celle-ci comporte 7 épisodes.


     

    Arothron Meleagris - Photo du net

     

         Je réfléchis avant de répondre.

        « - Écoute, je ne sais ni d’où je viens ni où je vais, mais j’ai marché très, très longtemps à travers landes et montagnes et je n’ai jamais vu le lieu où il me plairait de demeurer. Cependant depuis que j’ai aperçu la lumière qui émane de toi je ne puis plus m’en détacher. Es-tu un être divin, magique, pour luire aussi prodigieusement ? 

         - Tu te trompes ! répliqua le petit poisson. Je ne suis ni divin, ni magique. Ce que tu vois n’émane pas de moi, mais de Celui qui m’a déposé là. »

         Déroutée, je me redressai et fouillai du regard les alentours. Une calme lumière dorée baignait la totalité du lieu où je me trouvais. La montagne rayonnait doucement et les feuillages des arbres environnants semblaient animés d’un souffle imperceptible. Mais quel pouvait bien être « Celui » qui avait posé là mon étrange interlocuteur ? D’un tel Être je ne voyais nulle trace.

        Scrutant les algues de la rive dans l’espoir d’interroger de nouveau l’animal, je me penchai inconsidérément et perdis soudain l’équilibre. Je cherchai désespérément où me raccrocher, battis des bras sans résultat et m’effondrai de tout mon long au milieu de la rivière.

        Un grand bruit se fit entendre, l’eau aspergea abondamment les rives et je me sentis couler à pic. Étant tombée à la renverse je fus totalement engloutie sous des flots opaques ; mais par chance le cours d’eau était peu profond et je touchai rapidement le fond de mes épaules.

         D’un brusque mouvement des coudes je me dégageai et émergeai à la surface, ruisselante et trempée jusqu’aux os, les cheveux dégoulinants et les vêtements collés à la peau.  C’est piteusement que je me hissai sur les avant-bras et les genoux jusqu’au replat de la berge, m’accrochant à chaque motte de terre et grelottant au chaud soleil du soir… Mais j’avais beau maudire cette situation imbécile, l’évidence m’obsédait : pourquoi devrais-je poursuivre un voyage interminable et sans but quand j’avais rencontré ici la plus belle aventure, le plus séduisant miracle dont j’aie pu rêver ?

        L’atmosphère qui m’environnait, la douce chaleur qui me réconfortait me prouvaient qu’il n’y avait pas plus loin à aller. Et la présence bien réelle du poisson extraordinaire me semblait indiquer que, malgré ses dénégations, c’était bien lui le Maître des lieux...

     

    Le Petit Poisson d'Or 4/7
    (Photo du net)

      

    ***

     

    (à suivre)

     

     


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  •     Suite du récit commencé ici.  

     

    Le petit Poisson d'Or 3/7

     

     

            J’attendis un moment que l’eau cesse d’être troublée et, comme les ours d’Alaska, me mis à guetter avidement l’animal pour essayer de l’attraper entre mes mains.

            Bientôt il réapparut en effet, dessinant de rêveuses arabesques pour ma plus grande joie et je m’efforçai de l’approcher, paumes ouvertes et gestes calculés. Mais il passait trop vite et, d’un preste coup de queue, avait déjà filé avant même que mes doigts ne le touchent.

            Quelques essais infructueux décuplèrent mon désir, l’échec étant comme on sait un fabuleux stimulant pour notre nature portée à la conquête et férue d’autosatisfaction. La brillance extraordinaire du petit être me fascinait de plus en plus, car tout me paraissait resplendir depuis que je l’avais rencontré.

           Je cherchai alors à attirer son attention et, presque malgré moi, l’appelai à haute voix :

            «  - Petit poisson ! Petit poisson ! De grâce ! Montre-toi, et dis-moi : qui donc es-tu ? »

             Un glouglou se fit entendre et, à ma grande surprise, l’animal se dressa sur sa queue, sortit la tête de l’eau, et se mit à me parler :

               « - Je suis un petit poisson, rien de plus ! 

          - Dans ce cas, comment peux-tu parler ? fis-je, au comble de l’ébahissement. Je n’ai jamais rencontré de poissons qui parlent, et dans ma langue en plus ! »

              L’eau se mit à frémir au rire du petit effronté.

             « - Tu ne m’as pas l’air bien maligne ! Que vas-tu chercher là ? Je ne parle pas, voyons ! Les poissons, ça ne parle pas ! »

             C’était mon tour maintenant de ressembler à une carpe, tant je demeurai décontenancée, muette et la bouche ouverte…

         Pendant ce temps il avait de nouveau filé se cacher dans une anfractuosité et je n’osais même plus tendre la main pour le toucher. Prise d’une sorte de terreur sacrée j’avais l’impression que l’effleurer serait comme m’électrocuter. Pourquoi prétendait-il être tout à fait ordinaire, quand je n’avais jamais rien rencontré d’aussi extraordinaire ?

              Sa voix surgie d’un creux de roche me fit soudain sursauter :

              «  - Et toi, qui donc es-tu pour me poser pareille question ? » 

     

    ***

     


    Merci à Cécile de m'avoir fait découvrir ce morceau
    rempli d'humour et de légèreté composé en 1915 par
    Lord Berners, joué ici par Len Vorster (voir ici)
    et intitulé "Le Poisson d'or".

     

    Le petit Poisson d'Or 3/7

     

    (à suivre)

     


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  •       Voici donc la suite du récit commencé avant-hier



    Le Petit Poisson d'Or - 2/7

     

         Le regard perdu, je fixai quelque temps les flots limpides à travers lesquels je devinais un fond peuplé d’herbes ondulantes.

         J’étais ainsi plongée dans ma contemplation heureuse lorsqu’un éclair de lumière fila sous mes yeux… Surprise je m’approchai légèrement du bord et aperçus un petit poisson d’or qui évoluait tranquillement à quelques centimètres sous la surface.

         Ce poisson irradiait tout le secteur d’une chaude clarté, et sans craindre l’approche de prédateurs, se laissait admirer en toute liberté.

         Jamais je n’avais pu percevoir dans les autres poissons entrevus au fil de mes voyages cette qualité de présence,  cette radiance souveraine. Les autres étaient comme nuées au vent, carpes lâchant des bulles, brochets avides ou espiègles gardons.

         Je m’attardai ainsi à l’observer, surprise de ses mouvements réguliers qui m’évoquaient le 8 de l’infini et me surpris à ressentir de brusques sursauts d’allégresse lorsque, ayant plongé profondément, il rejaillissait soudain vers moi avec la vivacité d’un jet de pierre qui m’aurait explosé au visage.

         Ses ondulations avaient quelque chose d’un discours, et résonnaient en moi comme une réminiscence lointaine. Il me semblait avoir rencontré la seule merveille, le seul miracle pouvant donner sens et vie à l’univers somptueux mais muet et figé dans lequel j’évoluais depuis si longtemps…

        Captivée, j’eus envie de le saisir pour mieux le voir, pour mieux comprendre l’origine de sa lumière. Quand on trouve une pierre précieuse au fond d’un ruisseau on plonge aussitôt pour la chercher : à plus forte raison s’il s’agit d’un joyau vivant !

        Retirant chaussures et chaussettes et retroussant mon pantalon, j’entrepris d’entrer légèrement dans l’eau claire dont la fraîcheur me surprit agréablement.

         Mais où était donc passé l’objet de ma curiosité ? Je ne voyais plus rien du tout…

     

    ***

    (à suivre...)

     


    Claude Debussy - Poissons d'Or
    Extrait de "Images pour piano", livre 2
    Alex Alguacil (voir ici)

     

     


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