•       Ce changement de titre évoquait clairement une recherche, vous laissant quelque peu perplexes.  

           En harmonie avec le signe du Sagittaire qui régit le mois que nous traversons, il traduit un désir de concentration, voire de simplification (au sens mathématique). 
     

            De même que les arbres aujourd'hui dépouillés par l'entrée de l'hiver ont perdu leur vêtement végétal pour ne laisser paraître que leurs squelettes (troncs et branches), de même il nous faut quitter les formes multiples de la surface de notre Être pour plonger vers Sa racine profonde.

          Ainsi, ce tableau des "figures de notes" en musique adopte l'aspect d'un entonnoir pour tracer un parcours depuis sa surface où pullulent les rapides quadruples croches, jusqu'à la paisible et immuable Ronde qui rayonne dans les profondeurs telle un Cercle parfait, la Cible absolue, l'Ouverture invisible, le Point imperceptible à l'origine de Tout...  

     

    Tableau des valeurs de notes

     

     

          Pour illustrer cette idée, voici un extrait du Tao-tö king dans la traduction de Liou Kia-hway (édition Folio) :

     

    « Trente rayons convergent au moyeu
    mais c'est le vide médian
    qui fait marcher le char.


    On façonne l'argile pour en faire des vases,
    mais c'est du vide interne
    que dépend leur usage.


    Une maison est percée de portes et de fenêtres,
    c'est encore le vide
    qui permet l'habitat.


    L'Être donne des possibilités,
    c'est par le Non-Être qu'on les utilise. »


    Lao-tseu, Tao-tö king chap. XI, éd. Folio sagesses

     

          Voici l'Instant Secret : il est ce Vide formant la base du vortex dont nous sommes la surface.

     

    Vortex

     

     

     


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  •   

            Il me semble important aujourd'hui de modifier légèrement l'intitulé de ce blog. 


       En effet, dérivé de l'Espace d'un instant qui fut créé sur over-blog mais désormais supprimé, il prétendait jusqu'à ce jour capter des "instantanés" de vie, de multiples petits points d'existence retenus comme par éclipses de mes expériences quotidiennes. Une photo par-ci, un poème par-là ; un clin d’œil par-ci, un souvenir par-là...

          Aujourd'hui ce "pointillisme" ne me convient plus. Ce blog n'est pas un filet à papillons ; il ne peut ressembler à un tapis de feuilles mortes ni à un bouquet de fleurs coupées ! Il ne reflète dans la réalité qu'un seul Instant, cet instant unique de la Vie qui se modèle, s'ouvre et s'épanouit au fur et à mesure de la prise de conscience que l'on en a. Comme un oiseau qui ouvre progressivement ses ailes, peu à peu il se dévoile en abîme, ouvrant des portes comme s'éloignent des nuages, variant sa perspective comme une image kaléidoscopique.     

     

    Kaléidoscope

     

         Par contre, je demeure indécise quant au qualificatif... Est-il secret ? Ne l'est-il pas ?

        Dans la précédente formulation (empruntée à l'un de mes recueils de poèmes), il s'agissait de vécus solitaires que je me proposais de partager : un secret est une intimité qui, une fois exprimée, devient confidence. 

         Mais si l'instant est unique, peut-il être secret ? Y a-t-il dans son expression quelque intimité à partager ?

          Oui, par sa nature profonde il est secret, car invisible, insaisissable, inaperçu de nos sens communs. Et les multiples tentatives précédentes pour en saisir des parcelles ne font que mieux comprendre son rayonnement obscur, à peine effleuré par de furtives ivresses.

         Mais puisqu'il est Unique, ajouterai-je un déterminant pour le désigner ? L'instant secret ? Cela paraît inévitable !  Alors le propos de ce site évoluerait nettement vers la "tentative d'approche" : car ce que l'on désigne de façon si précise est forcément recherché. Et puisqu'il faut "voir" au-delà du perçu, l'image présentée en exergue devra être légèrement modifiée.

        

         Eh bien, essayons donc de retrouver le socle commun à tous ces "instants" ; essayons de profiler leur unique visage.

         D'éclipse en éblouissement, celui-ci saura bien se laisser deviner.

     

     

       


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  •  

    Poussin-Echo et Narcisse
    Écho et Narcisse, de Nicolas Poussin
    Tableau qui m'inspire ce rapprochement de termes en forme trinitaire  : « ecco - ego - eco »(voici ego [et] écho)

     

     

    Voici Ego

    À qui seule répond Echo

     

     


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  • Shiva Natarajah par Valleysequence - deviantart.com

     


         Voici un extrait de l’Évangile de Thomas (logion 50), dans l'adaptation de Jean-Yves Leloup.

     

    «   Jésus disait :

    Si l'on vous demande : d'où êtes-vous ?
    Dites-leur :
    Nous sommes nés de la Lumière,
    Là où la Lumière naît d'elle-même
    elle se tient droite
    et se révèle dans leur image.

    Si l'on vous demande : qui êtes-vous ?
    Répondez :
    Nous sommes ses fils
    et nous sommes les bien-aimés du Père, le Vivant.

    Si l'on vous interroge :
    Quel est le signe de votre Père qui est en vous ?
    dites-leur :
    C'est un mouvement et un  repos. »

     

         Cette dernière phrase m'a toujours rappelé la représentation de Shiva Natarajah, immuable danseur, posé sur un socle fixe et laissant en arrière-plan de lui-même se dérouler tout le cercle de la manifestation.

     

           À partir de là nous devons nous poser cette question : qui agit en ce monde ? Suis-je l'auteur de mes actes ? Ai-je le moindre choix ? La possibilité du moindre jugement ? Le moyen de changer quoi que ce soit ?

           Oui, peut-être ai-je l'impression d'agir ; l'impression de choisir ; l'impression d'avoir une opinion utile ; l'impression de décider de ma vie.
           Mais une seule chose est certaine, c'est que je ressens : je ressens le désir, la frustration, la peine, la souffrance, la joie - en fonction de ce qui se fait ou non. De même les animaux, les plantes, ressentent.

           Et pourtant, c'est l'Être seul qui à travers nous, s'exprime. Personne n'agit : Il s'exprime en Étant, de par Sa Nature même. Ce qui est, est ; ce qui se fait, se fait. 

           C'est ainsi que l'on peut dire : "je m'abandonne à Sa Volonté". 

           Mais il n'y a même pas de volonté : il n'y a que Ce qui Est.

            Par Lui, avec Lui et en Lui, Tout Est Fait.

            Et ce qui pour nous, en ce monde de reflet sans réalité intrinsèque, apparaît comme le bien ou le mal, n'est qu'un jeu d'équilibre où chaque élément comme dans le cercle cosmique s'engendre en permanence - la mort engendrant la vie, la vie engendrant la mort, le bien engendrant le mal, le mal engendrant le bien, l'amour engendrant la haine et la haine engendrant l'amour, tout comme le jour engendre la nuit et la nuit engendre le jour... À l'infini.

           Car Il est Infini.

     

     


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  •        Lorsque l'on observe sa vie avec attention, les pensées que l'on émet notamment, on découvre soudain que les événements auxquels on est confronté les reflètent ; et parfois d'une façon telle que l'on est obligé de réagir car l'on avait pas prévu la souffrance que cela apporterait.

         C'est alors qu'il faut également observer nos réactions, et les modifications qu'elles entraînent éventuellement dans l'environnement que nous connaissons.

          C'est ainsi que, le 14 novembre dernier, tandis que je marchais en méditant dans un bois, je reçus un message de facebook me demandant si j'étais en sécurité. Autour de moi tout n'était que paix et beauté.

          Lorsque j'appris, plus tard dans la journée, qu'il y avait eu des attentats à Paris, j'eus presque l'impression d'assister à un film policier comme il y en a tant - et dont d'ailleurs les gens se délectent tant. Ces "pensées meurtrières" ne m'atteignaient en rien, et cependant je découvris bientôt que les gens autour de moi étaient si déracinés, si terrifiés, si épouvantés que je ne pouvais éviter de me sentir coupable de ne pas ressentir la même chose.

         Une brèche s'établit en moi. Je commençai à voir un conflit que je n'avais pas perçu au départ. C'est alors que je me pris de colère contre les drapeaux bleu-blanc-rouge qui fleurirent dans les réseaux sociaux : qu'un pays étranger se drape de bleu-blanc-rouge me paraissait normal, car cela signifiait qu'il pensait à nous ; mais que nous mêmes, français, arborions des drapeaux me paraissait indiquer que nous nous refermions frileusement sur nous-mêmes sans penser une seconde que le terrorisme ne nous est pas réservé, et que des quantités d'autres pays ont déjà été martyrisés de mille façons... Cette pensée d'ouverture fut bientôt suivie d'effet, car dès le lendemain les réseaux sociaux abondaient de témoignages affirmant que la France n'avait pas l'exclusivité de ce genre de drame.

           Cependant le ressenti profondément douloureux de deuil que m'avaient inspiré les réactions de mon entourage, s'ajoutant aux nombreux deuils très proches que je n'ai cessé de connaître depuis plusieurs mois, me conduisirent à un état de dépression et d'hébétude contre lequel j'aurais dû lutter (c'est du moins ce qu'affirma le tirage de tarot que je fis l'autre soir), mais que j'accueillis cependant avec un certain abandon, car mon but n'était-il pas de me diminuer, jusqu'à disparaître face à ce qui me dépasse ? Anéantir le moi, mourir avant la lettre, n'était-ce pas mon objectif premier ? Et toutes ces frappes n'étaient-elles pas là pour me le rappeler ? Je remplaçai donc mon avatar habituel par un carré noir : image de "la vacuité", dans le Tarot Zen d'Osho.

     

    Tarot Zen - La Vacuité

     

          Or sans le savoir j'avais encore "lancé" une nouvelle pensée... 

           D'ailleurs ici je m'interromps. 

           Qui a "lancé" une pensée ? D'où vient-elle ?

          "Je" dis "je" par commodité ; par habitude... Mais d'où viennent-elles, ces pensées ?  Elle est venue toute seule ; comme les autres ; comme la première, de facebook : "êtes-vous en sécurité ?"... Est-ce le maître intérieur qui les envoie pour me guider ? Est-ce tout simplement le hasard  ? Ou "mon" chemin qui se dessine de soi-même ?

         Bref, voici que cette nouvelle pensée engendre une nouvelle situation. Je reçois le livre de Betty Quirion que j'ai commandé depuis quelque temps :

     

    Betty - La Fraîcheur de l'instant
    La Fraîcheur de l'instant 

       
          ... et il me conduit au Vide existentiel (titre d'un de ses chapitres).

           L'auteur est une québécoise née en 1956, et je m'amuse à l'idée d'être passée non loin de chez elle lors de mon voyage au Québec en 1967 ! Elle dit avoir vécu à la frontière des États-Unis que j'évoque ici). Voici ce qu'elle écrit :

     

    «  Je me suis torturée à essayer de saisir la vérité jusqu'à ce que je me demande : " Et si je n'avais pas à identifier, à reconnaître et à comprendre quoi que ce soit ? Et si l'abandon allait jusque là ? "

         La réponse affirmative s'est installée d'elle-même comme une certitude. Je l'ai reçue comme un choc nucléaire. Le mental a disjoncté et s'est complètement arrêté. J'ai l'impression que plus rien ne bouge. Je me demande ce qui arrive, tellement c'est opposé à ma perception actuelle.

         Je laisse le vide m'absorber. Le grande vide est devenu vaste comme l'océan, instantanément, sans prendre le temps de se répandre. Il est là ! La distance s'est évanouie d'elle-même. Ce vide, ressenti depuis toujours, n'est donc qu'une impression de peur passagère reliée au rêve !

        Sans espoir, sans croyance, sans analyse, je reste dans cet espace dépeuplé, sans savoir ce qui va arriver. J'accueille le fait que je ne peux pas trouver de solution. J'accueille l'absence totale de moi et de tout matériau pour me reconstruire.

        Sans cette histoire que je me racontais sur moi-même, et que je vois en toute lucidité, je n'existe pas. »

     

         Sans ce livre également, qui détaille avec clarté et simplicité le parcours de toute une vie, je n'aurais pas compris que les obstacles que je rencontre n'ont rien d'exceptionnel et que la voie est longue et difficile. À lire certaines déclarations selon lesquelles "il n'y a rien à chercher, car tout est déjà là" on se désespérerait ou se prendrait pour le dernier des incapables, devant le peu de résultats rencontrés dans sa quête. 

          Mais je vois qu'il y a deux points à retenir ici :

       - premièrement, chaque chemin est unique, chacun a le sien propre à sa ressemblance, c'est pourquoi personne ne peut imiter personne ;

          - et secondement, les étapes sont très nombreuses, et se traduisent toutes par une perte supplémentaire... d'où les comparaisons inévitables avec la dépression ou la folie. Cependant les écritures - les psaumes  notamment - sont là pour nous en traduire les effets et nous rappeler que plus la nuit semble menaçante, et plus l'aube se rapproche.

           C'est ainsi que j'ai transformé mon image-avatar en vision de l'espace. 

           Ce Vide - cette ouverture - cette immensité - cet Abîme incommensurable - cette Paix ineffable - n'est-ce pas Cela même qui en moi demeure, Pureté inaltérable en quoi tout ce qui passe se liquéfie et disparaît inévitablement ?

     

     


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