•    Écoutons aujourd'hui le second mouvement de cette Troisième symphonie de Guy Ropartz, dont je vous ai proposé hier le début.

        Je vais en profiter pour développer quelques commentaires : Ropartz (Joseph-Guy-Marie, qui signa "Joseph" pour sa poésie et "Guy" pour sa musique), né à Guingamp dans les Côtes d'Armor, nourrissait un amour profond et pour la mer qu'il aimait à contempler depuis Bréhec, petit port auprès duquel il possédait une résidence, et pour la forêt si présente en Bretagne - tout particulièrement les Bois d'Avaugour au sud-est de Guingamp. 

        C'est la contemplation du grand large et les longues marches dans la nature qui nourrirent très tôt son mysticisme de poète et de profond humaniste.

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        Guy Ropartz alors qu'il dirigeait le Conservatoire de Nancy (entre 1894 et 1919)

        Elève de César Franck et grand ami de Vincent d'Indy, il écrit cette symphonie en 1905, à l'aube du XXe siècle, dans un style parnassien encore proche parfois du Wagner de Parsifal. C'est ce qui explique qu'on l'oublia vite pour privilégier l'intérêt porté à de nouvelles générations de musiciens plus résolument modernes et surtout, moins contemplatifs. 

        Cependant sa personnalité est bien marquée, à la fois sereine et équilibrée, rayonnante et solide, puissante et vigoureuse. Les mouvements, très libres, se succèdent dans une progression originale puisqu'ils démarrent tous de façon lente et solennelle pour s'achever de façon plus animée. On ne peut éviter de se rappeler à cet égard les Béatitudes de César Franck, oratorio sur un sujet de l'Évangile, dont chaque mouvement est construit de façon similaire, commençant (à l'inverse des pages de Ropartz) par un passage tendu et se terminant de façon contemplative.

           

     Écoutez ici l'enregistrement sur deezer

     

    Voici maintenant le texte - beaucoup plus long - de cette seconde partie.     

        Nature, nature, que t'importe, en ta joie, la détresse des cœurs humains ?

        O Mer calme, tes calmes flots, pareils à des moires changeantes frôlent les grèves mollement de leur caresse insoucieuse... Et pourtant les frêles vaisseaux, bercés par tes vagues tranquilles, sont porteurs de détresse humaine !

        O Plaine, sous les brises tièdes, tu frissonnes de volupté dans ta chevelure d'épis qu'alourdit le grain déjà mûr... Et pourtant les larmes des hommes, aux heures du labour pénible, ont fécondé ton sol aride !...

        O Forêt, ton âme joyeuse joyeusement palpite et chante dans les feuillages qui bruissent et dans la chanson des oiseaux... Et pourtant l'ombre de tes chênes s'étendit sur les vains autels où l'homme implorait des Dieux sourds !

         Soleil, tu resplendis !... Mais ta lumière est impuissante à percer la nuit de nos coeurs ! Qui donc nous dira la raison de vivre !... Souffrir !... en nos corps, en nos coeurs !... Pourquoi ?

         L'homme foule aux pieds l'homme ; d'incessants combats nous épuisent. Opprimés sous les lois qu'imposent les plus forts, asservis par des rois, écrasés par des maîtres, nous pleurons, nul ne nous console ; nous crions, nul ne nous écoute ; et nos yeux sont las de regarder au ciel, dans l'attente vaine et le vain espoir qu'un Dieu se montre enfin.

    (Texte de Guy Ropartz)

      

     Troisième mouvement ici.

     

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  •  
       Joseph-Guy Ropartz, compositeur du début du 20e siècle que j'ai abondamment évoqué sur ce blog, a composé cinq symphonies qui ont toutes fait l'objet d'un enregistrement microsillon par Michel Plasson et l'orchestre de Toulouse dans les années qui ont suivi son premier centenaire (1970-80), mais dont les quatre plus courtes seulement (la première et la quatrième, puis la seconde et la cinquième) ont été reprises par Sebastian Lang-Lessing et l'Orchestre Symphonique et Lyrique de Nancy dans les années 2000 (voir ici). En effet la troisième, la plus ambitieuse parce qu'elle compte des chœurs et dure près d'une heure est restée en attente, avec le seul enregistrement de Plasson maintenant épuisé.
     

       Aujourd'hui je vois qu'elle a été mise en ligne intégralement (ce qui est énorme !) sur Youtube avec l'enregistrement existant, mais d'une excellente qualité sonore et avec une bien jolie illustration vidéo. (Note de 2017 : cette vidéo est maintenant supprimée)

       Je ne résiste pas au plaisir de vous en faire découvrir les différentes parties, qui sont toutes inaugurées par un texte écrit par Guy Ropartz lui-même : aujourd'hui le premier mouvement, « très lent », puis « assez animé ».   

        Voici les paroles chantées au début. Elles préparent à une longue méditation sur la vie et l'amour, qui suivra dans les deux mouvements ultérieurs.

        Il faut savoir que Guy Ropartz, né dans les Côtes d'Armor, était un amoureux de la mer et aussi un poète.

     
    Voir l'enregistrement sur deezer ici.
    (nouvel enregistrement paru en octobre 2011 par Jean-Yves Ossonce
    avec les choeurs et l'orchestre de la Région Centre - voir ici)

     

        La nuit s'achève... Les étoiles, l'une après l'autre se perdent dans l'aube naissante... Des brumes flottent, puis s'effacent...

        Et sur la Mer, et sur la Plaine, et sur la Forêt, le ciel s'éclaire, le Soleil paraît et son éclatante lumière embrase la nature en joie.

     

       À suivre ici.

     


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  •    Tiens ! Il fait beau... Si nous faisions un tour en forêt ? 

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    C'est joli par ici. En route...1  

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    Mais c'est quoi ce panneau ? Comment ! Un inspecteur !!

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    Ouh ! là, ça craint... Il fait de plus en plus sombre...

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    Dites, vous ne pensez pas qu'on aurait dû se méfier ?! Les inspecteurs c'est comme les loups, ça vous mange tout cru ; moi j'ai peur...

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    Et maintenant il pleut !! Un vrai déluge !!

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         Ouah !! Ouah !! Alors il est où, cet inspecteur, que je le croque une bonne fois pour toutes ?

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      .......... Aaaaah, mais tout s'explique : c'était un « inspecteur de champignons » !

     

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    Photos prises en forêt de Loches (Touraine).

     

     

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  • Ci-dessous, un haïku ajouté par Rémi-Ange, dans le cadre du partage proposé.

     

       Comme je vous l'avais annoncé, voici une petite page de travail "collectif"... que nous allons appeler la "page de l'escargot" !

        En effet elle va se faire le reflet de notre partage au sujet de mon aventure relatée ici - et qui en fait date du matin du 16 août, à la frontière de la Touraine.

     

    Escargot-15août 01


        Je remets la photo, qui montre certes la petitesse de l'animal, mais ne rend pas compte tout à fait de l'impression lumineuse qu'il me laissait, au point que je ne pensais pas qu'il ait une véritable coquille : je la voyais translucide. C'est pourquoi vos propositions, si elles m'ont plu en elles-mêmes, m'ont cependant donné envie de reprendre mon travail afin de le rendre plus évocateur de mon ressenti.
     

         Voici le haïku que me proposa Flo :


    - 1 -

    Gambadage d'escargot sur la table

    Les sillons laissés derrière lui
    Ne sont que pluie tombée cette nuit

     

         Il eut le mérite de me pousser à réfléchir, et voici le texte que j'imaginai d'abord, dans mon lit en m'endormant... Je n'eus que le temps de le noter, dans un rythme d'hexamètres dont je suis coutumière  :


    - 2 -

    Un long sillage d'eau
    Un éclat de lumière qui glisse sur la table
    Éclosion du matin

     

        C'est alors que Viviane me fit remarquer que le haïku est un genre poétique obéissant à certaines règles, et qu'il était dommage que je ne les aie pas suivies (j'avais juste observé une alternance un vers court - un vers long - un vers court); elle me proposait donc cette version :

    - 3 -

    Un sillage d'eau...
    Qui dessine sur la table ?
    Escargot naissant

     

       Sa proposition présentait, outre la justesse du rythme, l'intérêt d'une "césure" à la fin du second vers, débouchant sur une "surprise" au troisième. Réfléchissant à nouveau, j'imaginai cependant une nouvelle esquisse  :


    - 4 -

    Éclat de cristal
    Un escargot minuscule
    Dans un sillon d'eau

     

       Je tenais absolument à évoquer cette lumière irréelle vue dans l'animal, mais je restais indécise sur le choix à faire dans le dernier vers  : "Dans un sillon d'eau ", ou "Glisse sur la table " ? Autrement dit, devais-je garder l'idée de la fluidité liquide, ou du mouvement de glisse imperceptible ?

        Finalement je me décidai pour une dernière formule, que je vous propose ci-dessous :


    - 5 -

    Dans un sillon d'eau
    Un escargot minuscule
    Glisse translucide

     

       Ceci, pour rappeler qu'un poème est finalement le fruit d'un long travail, de ciselage et de mûrissement...

          Me direz-vous ce que vous pensez de chacun ? Pour que vous puissiez me répondre, je vous propose de les numéroter.

        Et m'offrirez-vous d'autres propositions à ajouter à celles-ci ? Je serai heureuse de noter ci-dessous vos réactions pour obtenir une belle page de partage.

     

         Alors, à vos plumes ! ...

     

    plume.gif

     

    Vendredi :


    Voici un haïku proposé par Miche !  Un vrai haïku de "partage"...

     

    Dans cet instant
    Le tien, qui est aussi le mien
    C’est le monde qui se réjouit

     

    Mardi :

    Et voici le haïku de Rémi-Ange : il a effectivement beaucoup travaillé à la fois la forme, et
    dans le dernier vers l'impression visuelle laissée, dit-il, par la bave d'un escargot.

    J'aime beaucoup !

    Laboureur spirale
    Tu sillonnes l’eau de l’automne
    Reflets de fractales

     

     

    escargot_020.gif

     

    Mercredi :

     

    Un nouvel haïku de Flo !

     

    Croisillons reflets d'eau
    Chemin parcouru
    Lentement il arrive

       

     

    escargot 008

     

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  •     La chaleur s'est apaisée et un vent frais est venu nous réconforter...

     

        Écoutons "Beau soir", de Claude Debussy, sur un poème de Paul Bourget.

        Au risque d'en choquer certains, j'ai choisi l'interprétation grave et intimiste de Barbra Streisand, qui efface tout académisme pour nous plonger dans un rêve orchestral.

     

      Extrait de l'album Classical Barbra enregistré
    à Los Angeles avec le Columbia Symphony Orchestra en 1973
    et édité par Sony en 1976 - remasterisé pour CD.

     

    Lorsqu'au soleil couchant les rivières sont roses,
    Et qu'un tiède frisson court sur les champs de blé,
    Un conseil d'être heureux semble sortir des choses
    Et monter vers le cœur troublé.


    Un conseil de goûter le charme d'être au monde,
    Cependant qu'on est jeune et que le soir est beau,
    Car nous nous en allons comme s'en va cette onde,
    Elle à la mer, nous au tombeau.

     

       J'avoue que la fin me ravit, mais à condition de ne pas comprendre correctement le texte comme je le faisais à l'origine, sans entendre les derniers mots, ce qui donne :

        « Car nous nous en allons, comme s'en va cette onde,

                  Loin, à la mer...  »

     

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