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    Lithographie d'Hippolyte Lecomte et de Godefroy Engelmann (19e siècle)

     

     

    Le Chêne un jour dit au Roseau :

    "Vous avez bien sujet d'accuser la Nature ;

    Un Roitelet pour vous est un pesant fardeau.

    Le moindre vent, qui d'aventure

    Fait rider la face de l'eau,

    Vous oblige à baisser la tête :

    Cependant que mon front, au Caucase pareil,

    Non content d'arrêter les rayons du soleil,

    Brave l'effort de la tempête.

    Tout vous est Aquilon, tout me semble Zéphyr.

    Encor si vous naissiez à l'abri du feuillage

    Dont je couvre le voisinage,

    Vous n'auriez pas tant à souffrir :

    Je vous défendrais de l'orage ;

    Mais vous naissez le plus souvent

    Sur les humides bords des Royaumes du vent.

    La nature envers vous me semble bien injuste.

    - Votre compassion, lui répondit l'Arbuste,

    Part d'un bon naturel ; mais quittez ce souci.

    Les vents me sont moins qu'à vous redoutables.

    Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu'ici

    Contre leurs coups épouvantables

    Résisté sans courber le dos ;

    Mais attendons la fin. "Comme il disait ces mots,

    Du bout de l'horizon accourt avec furie

    Le plus terrible des enfants

    Que le Nord eût portés jusque-là dans ses flancs.

    L'Arbre tient bon ; le Roseau plie.

    Le vent redouble ses efforts,

    Et fait si bien qu'il déracine

    Celui de qui la tête au Ciel était voisine

    Et dont les pieds touchaient à l'Empire des Morts.

     

    (Jean de La Fontaine, 1621-1695)

     

         Je suis du genre "roseau", et les chênes m'ont toujours snobée... Alors il faut bien que je cherche secours auprès de nos classiques si sensés. Surtout que de "roseaux", il n'y a pas que celui de La Fontaine : celui de Pascal aussi est important, ô combien !

     

        L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature ; mais c'est un roseau pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser. Une vapeur, une goutte d'eau suffit pour le tuer. Mais quand l'univers l'écraserait, l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue ; parce qu'il sait qu'il meurt ; et l'avantage que l'univers a sur lui, l'univers n'en sait rien.

       Ainsi toute notre dignité consiste dans la pensée. C'est de là qu'il faut nous relever, non de l'espace et de la durée. Travaillons donc à bien penser. voilà le principe de la morale.

     

    (Blaise Pascal, 1623- 1662)

     

       Aujourd'hui prenons garde, nous français si mercuriens par la pensée, de ne pas nous heurter de front au chêne lybien dont la tête voisine le Ciel et les pieds l'Empire des Morts !

        La souplesse du roseau est non seulement le fait de sa pensée, qui lui permet de s'adapter et de comprendre, donc parfois de reculer, mais aussi la reconnaissance de sa petitesse face à l'immensité des choses qui, nous venons encore de le constater, à tout instant peuvent le terrasser. Humblement il doit réapprendre à vivre après des cataclysmes qui, sans le déraciner complètement, l'obligent à se remettre en question, à tout réinventer.

         Mais c'est en restant petit, tout proche du sol qui l'a porté et le nourrit, qu'il a le plus de chances de conserver ses racines intactes : les japonais en savent quelque chose, qui aujourd'hui s'organisent pour survivre dans des conditions parfois extrêmes.

     

        .... Et pourtant, que c'est beau, un chêne ! Par sa stabilité, il rayonne. Implanté dans un terrain forestier où toute la végétation ambiante le protège, il a bien peu de chances d'être déraciné ! Et dès lors, c'est un refuge, un protecteur des plus précieux, et même un réconfort pour les yeux ...

     

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    ©Keystone - voir ici

     

    Les jours sont froids comme métal

    Partout la peine et la détresse

    L'hiver s'étend lourd et fatal

    Plus de rire ni de caresse

     

    Où est le temps des ciels mouvants

    Il n'est plus de rayon qui perce

    Autrefois par les jeux du vent

    Mars riait parmi les averses

     

    De menaces en désespoirs

    Nous survivons dans une impasse

    Troublés dans l'âme sans savoir

    S'il est un terme à notre angoisse

     

     

     

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    Bourgeon de lilas 02


        Dans les arbres la vie se reproduit de la même manière qu'un enfant dans le ventre d'une mère... Alors pourquoi les arbres n'auraient-ils pas une conscience, comme nous ?

     

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    "L'expérience existentielle", lame du Tarot Zen d'Osho Rajneesh

     

        Dans la nature, la vie évolue de façon intelligente, alors que nous n'en sommes pas même conscients la plupart du temps. Nous respirons, nous digérons, nous dormons sans même savoir comment (tout juste à la rigueur "pourquoi"). D'où vient donc cette intelligence ? N'émane-t-elle pas d'une force infiniment supérieure à la nôtre ?

     

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       À notre époque nous ne sommes guère plus avancés devant les mystères du monde que l'homme de Cro-magnon... Nous observons mieux, nous observons plus loin, nous avons développé une technologie et cherchons à corriger le cours des choses, mais l'essentiel nous demeure inaccessible, et nos efforts se heurtent aux mêmes inéluctables limites. Nous ne pouvons toujours que constater, impuissants, l'intelligence infinie qui nous dépasse, même si nous refusons de l'appeler aujourd'hui encore "Dieu".

     

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        Pourtant lorsqu'il est versé dans une jolie tasse le thé est beau et odorant ; mais lorsque la tasse est brisée et qu'il s'est répandu, c'est toujours du thé.

     

     

     

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    La fleur de lilas

    Fruit du bourgeon de verdure

      Apparaît déjà

     

    bourgeon lilas 01

     

    Divine nature

    Quel miracle que cela

    Quelle dentelure

     

     

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        En me rendant à l'exposition de Robert Bichet (voir ici) j'ai pu découvrir les ruines de l'abbaye de Déols que je n'avais jamais visitées. En effet dans cette bourgade  de près de 9000 habitants qui jouxte immédiatement Châteauroux (carte ici) et qui est une halte sur le Chemin de Saint-Jacques, se situe un grand site Clunisien, une importante abbaye fondée en décembre 917 par Guillaume le Pieux, duc d'Aquitaine et le seigneur de Déols d'alors, Ebbes le Noble. Le roi d'Angleterre Henri II Plantagenêt et ses fils Richard Coeur de Lion et Jean sans Terre, ainsi que plusieurs rois de France (Philippe Auguste, Louis II et Charles VII surnommé le "Roi de Bourges") eurent paraît-il l'occasion d'y séjourner.

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        La maquette ci-dessus, trouvée sur le site "Info tourisme de Déols", permet de se représenter les lieux, que je vais parcourir avec vous au moyen de photographies. Cependant il est intéressant aussi que vous découvriez auparavant cette animation en 3D de ce que fut originellement l'abbatiale Notre-Dame proprement dite : une réalisation gigantesque.

        Aujourd'hui, la mairie et l'Office du Tourisme sont implantés dans des locaux proches ou appartenant au domaine de l'abbaye. Partant de la Tour arrière droite qui est le dernier vestige réellement apparent de l'abbatiale, je vais tourner autour de la nef, puis du cloître, et revenir par le bas de la maquette ci-dessus en passant devant l'entrée des jardins, pour remonter par la gauche jusqu'à mon point de départ. Malheureusement les vestiges sont maigres, et la plupart des ornements de valeur ont été déposés au musée de Châteauroux.

     

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        Dernier vestige vraiment visible de l'abbatiale, cette tour qui flanquait l'entrée de la nef à droite est à la fois un symbole de Déols et le principal clocher qui domine la ville.

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       À l'opposé de la nef, une arche jouxte l'actuelle mairie : elle provient d'un prolongement de l'édifice vers un bâtiment que l'on voit situé tout en haut sur la maquette éditée ci-dessus.

     

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    Vue rapprochée, indiquant que le sol originel était plus bas.

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    Restes de la nef, vue de l'intérieur.

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    L'enfilade de la nef... Ou plutôt de ce qu'il reste de ses flancs.

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    En tournant autour de l'abbaye, je découvre cette "maison de maître".

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    Et voici sur ma droite les anciens murs de clôture.

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    La poterne arrière de l'abbaye (tout en bas de la maquette).

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    Face à la poterne, sur ma gauche, la descente vers les jardins...

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    Je me retourne pour saisir le mur vénérable.

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    Et déjà face à moi je retrouve le haut clocher entouré de ses pans de murs veufs.

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    Sur ma droite une petite chapelle devenue l'Office du Tourisme.

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    Elle est immédiatement suivie d'une haute bâtisse évoquant des logements de religieux et dont la restauration ne semble pas terminée.

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      Derrière elle on aperçoit au loin le mur du cloître.

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    En arrivant à hauteur de la tour, je trouve sur ma gauche ces deux jolies arcades, qui ouvrent sur la rue menant à "l'Espace Art et Culture" qui abrite l'exposition de Robert.

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    Me retournant, je découvre un chapiteau dont je cherche à mieux voir le détail.

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    Le voici ; vous pouvez encore l'agrandir légèrement.

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    À la base de l'édifice, d'anciennes portes témoignant encore du fait que le sol était probablement beaucoup plus bas.

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    Une grille, un porche... Mais je n'y suis pas allée.

    Il ne reste plus qu'à y retourner...!

     

    PS : A la demande de certains, je me suis demandé pourquoi ce site immense n'est plus que ruines. J'ai beau chercher, je ne trouve que peu de renseignements : sur l'article consacré aux "sites clunisiens" (voir ici) on s'arrête comme sur le site de l'Office du Tourisme (déjà cité) à la sécularisation au profit du Prince de Condé en 1622. Mais il est impossible que ce dernier soit l'auteur de cette destruction !!

        Désolée de n'avoir pas inspecté les lieux plus avant (cette crypte ; le panneau d'infos au pied de la Tour...), j'évoque cependant l'idée d'une destruction tout simplement due aux bombardements de la 2de guerre mondiale, Châteauroux étant un haut-lieu de cantonnement militaire.

     

     

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