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        Je vous mets tout de suite un brin de muguet de mon jardin pour vous dire que je pense à vous et vous souhaite beaucoup de bonheur... Et je vous dis à demain pour la suite (plus le temps de travailler à ce blog !)
     

     
     

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        Les patois font en général l'objet de studieuses réappropriations de la part de quelques passionnés ou de groupes folkloriques, mais ne sont plus utilisés, l'école ayant mené sa guerre avec application depuis près d'un siècle. Même les langues régionales sont menacées de disparition. Et cependant il semble qu'il subsiste, à titre occasionnel, des formules idiomatiques couramment employées dans nos régions, qui restent avec l'accent local la signature du lieu.
        Lorsque je suis arrivée dans le Berry, il y a 25 ans, j'ai découvert deux mots qui sont encore ici couramment employés, alors que je ne les avais jamais rencontrés en région parisienne
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    "Patin" : pour entrer dans la maison, vous mettez vos patins ; il s'agit de vos chaussons.
    "Pochon" : pour vous rendre au supermarché, vos emportez des pochons ; il s'agit de sacs plastiques.

        Certains vieux cultivateurs ont gardé leur accent rocailleux, mais alors il est si rocailleux et si elliptique qu'on ne réussit pas à les comprendre... Parlent-ils le même patois que celui évoqué par Pascal Pauvrehomme ? Il faudra que je m'applique à les écouter, si j'en rencontre encore.

        Mais les jeunes, au collège, déclarent encore parfois à la fin d'une heure de cours :
    "Ça l'a sonné !"
     
        Et voici que, au lieu de les corriger avec une grosse voix, je vais désormais avoir envie de leur demander : "Vous m'en apprenez d'autres, s'il vous plaît ?..."
        (En espérant ne pas tomber sur le garçon grossier qui injurie sa copine : "
      S'pèce de grosse treue ! " )
     
     
     

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        Pour faire écho à Viviane dans sa quête des parlers régionaux de France, voici un très beau poème de Pascal Pauvrehomme, écrivain et conteur berrichon. Fils et petit-fils de vignerons devenu enseignant de français, Pascal Pauvrehomme a publié divers ouvrages, dont un guide intitulé "les Vins du Berry, des terroirs et des hommes", aux éditions régionalistes "La Bouinotte", sises à Châteauroux (36). Actuellement maire de la petite commune de Sainte-Lizaigne, entre Issoudun et Reuilly (ville célèbre par son vignoble), il nous livre dans son dernier ouvrage "Detfunt l'Ugène, suivi de Histoires de mon pays, monologues patoisants" un recueil de poèmes aussi colorés qu'émouvants.
     
     

    Pascal Pauvrehomme, maire de Sainte-Lizaigne (Indre) et conseiller général
     
      
        Je pense que vous comprendrez ce texte sans trop de difficulté. Cependant pour quelques termes spécifiques (en italique), j'ai noté des équivalences en fin de cet article.
     
     
     
           
    Périére à la Marie
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    Tu m'excuseras si j'te dis tu,
    Toué, la Marie d' l'enfant Jasus,
    Tu m'excuseras si j'te dis toué,
    La m'man si bounne du p'tit Naulet,
    Mais j'ai l'envie d'te tutouéyer
    Pa'ce que coumme ça, j'me sens p'us près.

     

    Oh ! Ça, j' le sais, pour sûr de vrai,
    Qu' t'en as bin d'aut'es à t'eccuper
    Mais j' veux quand minme avant d' dormi'
    Que tu m'écoutes un tant si p'tit.

     

    Dis pas que j' te dérange souvent,
    J'suis p'us taiseux qu' trop bin causant.
    Vrai que j' me sens pas bon chrétien,
    Que j' jure souvent coumme un païen,
    Pis qu' dans ma vigne, j' pousse l' manche
    Pendant qu' sounne la messe du dimanche.
    Mais ça m'empêche pas d'y penser
    Minme à piocher dans du garet.

     

    Ton gârs, j'y cause pas coumme à toué.
    J' me gêne de p'us, c'est pas pareil.
    Ses écritures pis ses marveilles,
    Ses belles histouères de paraboles,
    Ses biaux mirac'es de la Parole,
    Pour en comprend'e rin qu' la moitié,
    Fau'rait sûrement qu'on souèye curé.

     

    Mais toué, la m'man du p'tit Naulet,
    T'as counnu la p'us grousse misère
    Qu'on pusse counnaît'e su' c'te ch'tite terre
    Pusqu'i' t'ont pris ton pou're gamin
    Pour v'ni' « sauver tous les humains ».
    En v'là bin une consolation
    Pour queuqu'un qui perd son garçon.
    Alors que toué, t'avais pensé
    Que vout' boutique de charpentier,
    Il aurait pu la continuer
    Une foués qu' Joseph i' s'rait retraité,
    Ou p't-êt'e s' mett'e en société
    Pis l'embaucher une ouvérier.
    Ton gârs, c'était pas un faignant ;
    I' savait causer aux clients...
    Mais t'as biau fai' pis t'as biau di',
    Quanqu' c'est ça veut pas vous souri'.

     

    Sûrement qu' queuque part, j'nous arsemblons,
    Coumme deux vieux chevaux dans l'minme parçon.
    Ç'atait pareil à la mainson.
    J'comptins tous deux su' nout'e garçon,
    Vu qu'il était fort coumme un chevau,
    Qu'il aimait ses champs, ses bestiaux,
    Qu'i' nous dounnait du contentement
    P'us qu' j'en demandins. Oh ! ça sûrement.
    J' vouéyins d'jà qu' nout'e locature,
    Fau'rait sûrement qu' j'en pousse les murs ;
    A travailler tous les deux d'ssus,
    Faullait trouver d' l'ouvrage en p'us.
    J'ai don' acheté des plants greffés
    Pis planté dix boss'lées d' gamay.
    J'ons r ‘pris les champs d' nout'e vieux vouésin,
    Rin qu'en bounne terre, dans un bon coin.
    Lui qui l'avait pas eu la chance
    D'avouèr un gârs coumme descendance.
    L'mien, au début du printemps,
    Il est parti pour fai' son temps.
    Des nouvelles, j'en ons s'ment point eu
    Jusqu'à c'te lett'e qu'est dans l' bahut
    Où c'qu'ont disait qu' nout'e pou're p'tit gârs,
    D'à cause d'une bande de fellaghas,
    Il était mort en Algérie,
    « Au champ d'hounneur pour son pays ».
    En v'la bin une consolation
    Pour queuqu'un qui perd son garçon.
    J'ons minme pas pu l' mett'e dans nout'e terre,
    Il est sous l' sab'e, en plein désert.

     

    Tu vas comprend'e maintenant pourquoué
    J' reste dans ma vigne à pousser l' manche
    Pendant qu' sounne la messe du dimanche :
    C'est celle-là-là qu' j'avins plantée
    Avant qu'i parte de l'aut'e coûté.
    J'y vins souvent, sans fai' d' potin,
    Pour mieux penser à mon gamin.
    Et si j'ai voulu aujord'hui
    Que tu m'acoutes un tant si p'tit,
    C'est qu' mon p'tit gârs, mon pou're pétit,
    Ça fait trente ans qu'i' me l'ont pris
    Et j' m'en souvins coumme aujord'hui.

     

    Tu m'excuseras si j' t'ai dit tu,
    Toué, la Marie d' l'enfant Jasus,
    Tu m'excuseras si j' t'ai dit toué,
    L' maman si bounne du p'tit Naulet.
    J'avais l'envie d' te tutouéyer
    Pa'ce que tous deux, j' nous ar'semblons,
    Vu qu' j'ons pardu nos deux garçons,
    Et que j' nous en sons jamais r'mis.
    Ainsi souét-i'. Ainsi souét-i'.

     


    Pascal Pauvrehomme
    Detfunt l'Ugène,
    © éd. La Bouinotte, Châteauroux, 2005

     

     

    Quelques termes spécifiques :

    Bosselée : mesure agraire de surface, variable selon les régions.

    Garet : guéret, terre labourée.

    Naulet : Noël ; par extension, l'enfant Jésus.

    Parçon : stalle.

     

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    Cygnes sur le Cher
     

                Sur le lac bleu
                Là-bas, près de l'île,
                Trois jeunes cygnes ont relevé leurs ailes,
                Trois enfants-cygnes au plumage fané,
                Adolescents trop sages auprès de leurs parents
                Aux becs orange et aux yeux noirs...

     

    Sortez tout doucement,
    Sans faire de bruit,
    Jeunes cygnes couleur de l'œuf !
    Le chasseur n'est pas loin...
    Restez près de l'île natale
    Aux herbes encore vertes,
    Au coteau blond doré.

     

    Bientôt vous volerez
    De vos ailes immenses,
    Vous serez beaux et grands,
    Aux longs yeux de velours,
    Aussi calmes que l'eau
    Que ternira l'automne,
    Et chaque nuit pour les hommes
    Vous chanterez.

     
     

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        Connaissez-vous Nortine ? Non ? Alors je vous invite à lui rendre visite immédiatement... Vous serez étonné. Car si elle n'écrit pas souvent, c'est pour donner d'elle-même toujours le meilleur.
        Et comme il s'agit d'acrostiches, je lui rends aujourd'hui cet hommage.
     


        N octuelle beauté aux reflets irisés,
        O bserves-tu la vie en clignant des paupières,
        R égénérant les mots d'une vague guerrière ?
        T u effleures l'abîme en un regard grisé,
        I nsufflant la couleur aux formes imprécises,
        N uançant les splendeurs de sentiments brisés,
        E t dessinant la nuit auprès de l'aube assise...

     

        Qu'elle me pardonne de lui avoir "emprunté" cette magnifique illustration de son poème "Voiles d'exil" :

     

     

     

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