•  
        Ce poème, tiré du recueil "Le Passage" (édité dans "Renaître"),  est composé à la façon des Chœurs du théâtre antique, sur une forme en trois parties : la strophe, l'antistrophe, et l'épode - les deux premières se répondant, la troisième concluant.
        Les "Choeurs", dans le théâtre grec, intervenaient pour ponctuer l'action tragique d'épisodes méditatifs, sous forme de poèmes assez longs (plus longs que celui-ci, les séquences se répétant plusieurs fois) ; ils étaient chantés et dansés sous forme d'évolutions lentes sur la scène, et commentaient la situation ou les sentiments des personnages.
        Lorsque j'ai écrit ce texte, j'étais plongée dans l'étude de la prosodie et de la musique des passages chantés du théâtre d'Euripide, et forcément, il en est resté quelque chose... Mais son contenu, par contre, n'a pas de rapport direct avec cette lecture. Il rappelle plutôt le Petrouchka de Stravinski, dont je vous livre un extrait ci-dessous.
     
     



    Le jour de ton départ
    J'aurai presque oublié
    Avec quelques étoiles
    Avec quelques sanglots
    Le soleil déchiré sera le rideau rouge
    De mon théâtre ouvert

    Je serai le Pierrot
    Désarticulé sur la scène
    Et par les bois lointains dont tu hantes les ombres
    Passera comme la mort
    Un grand oiseau d'automne

    O chante avec la nuit
    Toi dont le souffle est semblable au reflux
    Des immenses marées

    *

    Lorsque tu t'en iras
    Avec tes traînées d'astres
    Le cœur s'arrêtera de battre au firmament
    Les ondes répandues sècheront au soleil
    Les bois se figeront à la glace d'hiver

    Et je serai ce cri
    Inarticulé sur la scène
    Et par les soirs lointains où tu m'étais promise
    Le désert sans limite
    S'étendra comme un voile

    O chante pour ma nef
    Toi dont le souffle est le seul qui m'anime
    Au théâtre bouffon
    De la mer insensible

    *

    La plus brillante étoile
    Aussitôt née s'éteint
    Le bateau fait naufrage
    Le pantin agonise
    Le théâtre s'écroule

    Et il ne reste plus qu'une fumée bleuâtre
    Toi qui t'enfuis bien loin
    Vers le ciel des vivants

    Et moi je suis Pierrot
    Qui ne respire plus
    Sur la scène inventée
     


    Petrouchka, ballet d'Igor Stravinski
    extrait du second tableau
     
     

    1 commentaire
  •  
        Comme ce blog a été commencé depuis longtemps et que vous n'avez sûrement pas lu les premiers textes mis en ligne, je vais vous en faire relire certains.
     

    La Création du Monde

    (cliquez pour agrandir)

        Voici "La Création du Monde", tiré de mon recueil "Labyrinthes et Flammes", et déjà publié en mai 2005 (j'ai changé les illustrations !)
     


    Mon amour océan

    Mon amour fée
    Mon amour cabriole

    Mon amour reflets du paradis
    Mon amour journée folle à la mer
    Mon amour de marbre de glace de fumées et d'absinthe

    Mon amour d'orage
    Mon amour de neige
    Mon amour de vent

    Mon amour de vertige et de mort
    Mon amour cierge à la nuit
    Mon amour vivante image de la vierge

    Mon amour étoile de clarté

    Mon amour astre flambant
    Mon amour rêve-immensité

    Mon amour bateau vers le large

    Mon amour oiseau couronné
    Mon amour ailes battantes

    Mon amour monde naissant
     
     

    Pointe de l'Arcouest vers Bréhat

    (Pointe de l'Arcouest-Côtes d'Armor. Cliquez pour agrandir)
     
     
     
     

    1 commentaire
  •  
        Dimanche, en forêt, il faisait déjà bien froid, quoique encore très beau.
    Nous avons eu la surprise de rencontrer trois salamandres totalement écrabouillées en plein milieu du chemin. Quelle hécatombe ! Un animal si rare en plein jour !
        Force nous a été d'en conclure que, à demi endormies par la saison, elles avaient été saisies par le gel en traversant la piste, puis écrasées par le véhicule forestier qui dut passer au petit matin.
        Mais que voyons-nous quelques pas plus loin ?
        Un lézard vert ! Un magnifique lézard vert, vivant, mais totalement immobile... Eh oui, frigorifié.
        Alors, tandis que les gens cherchaient des champignons (introuvables, car il "fait trop sec" - c'est du moins ce qui se dit -), nous avons fait du "réchauffe-lézard"...

    Lézard frigorifié

    Robert a toujours chaud aux mains, et en plus il adore les lézards...

        Notre ami a été reposé ensuite dans un endroit protégé, en espérant qu'il va s'y endormir en paix. 
     
     
     

    1 commentaire
  •  

    Aigle

     
    Elle a fui, la lumière de l'été
    Elle fut, la lumière qui était

    Trop frêle

    Tourterelle
    Tu piques
    Du bec

     Tu attaques
    En vrac
    Et succombes
    Dans l'ombre

    Victime
    Sans crime
    Assassin
    Blessé

    Aigle
    Trop faible
    Ou colombe
    Qui gronde

    Je te lâche
    Et tu fuis
    Dans l'espace
    Détruit
     
     

    Colombe

     
     
     

    1 commentaire
  •  
    Avec ces feuilles d'automne qui tombent mes pensées sont bien tristes.

     
    Cœur léger cœur changeant cœur lourd
    Le temps de rêver est bien court
    Que faut-il faire de mes jours
    Que faut-il faire de mes nuits
    Je n'avais amour ni demeure
    Nulle part où je vive où meure
    Je passais comme la rumeur
    Je m'endormais comme le bruit

    Louis Aragon
     repris par Léo Ferré dans "Est-ce ainsi que les hommes vivent ?"

     
    L'homme né de la femme et qui vit peu
    Tu vois de quelles misères, Seigneur,
    il est rempli !
    Il s'élève comme une fleur,
    et aussitôt il est brisé ;
    il fuit comme l'ombre et
    jamais il ne demeure dans le même état.
     

    Paul Claudel
    (la Danse des Morts)
     

     

        Telle est la vie humaine, pareille aux feuilles des arbres ; elle cherche la   beauté et lorsqu'elle pense l'avoir
    enfin trouvée, c'en est déjà fini.


     

    Feuilles d'automne

     
     
      
     

    1 commentaire