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        C'est la Saint Nicolas, aujourd'hui ! Tous ceux qui vivent ou ont vécu dans l'Est de la France font la fête ou ont des souvenirs de fête !

     Le Miracle de Saint Nicolas

    Saint-Nicolas en Tchéquie
    (voir le site de Radio Prague ici )

        Joseph-Guy Ropartz (1864-1955), que j'ai déjà eu l'occasion d'évoquer à l'occasion de précédents articles (ici et ici), a été longtemps directeur du Conservatoire de Nancy ; et c'est à cette occasion que, pour motiver ses jeunes élèves de chant choral, il a composé une "Légende musicale" intitulée "Le Miracle de Saint-Nicolas", sur un livret de René d'Avril, un poète lorrain (1875-1966).
        Je vous livre ici un extrait de la fin, dans l'enregistrement qu'en a offert Michel Piquemal, sur un disque Naxos (Patrimoine) que je vous recommande vivement.  

     
    15e tableau

    Alors le Saint, en souriant,
    Interrogea les beaux enfants.
    Le premier dit : « J’ai bien dormi. »
    Le second dit : « Et moi aussi. »
    Et le troisième répondit :
    « Je croyais être en Paradis. »


    Le Miracle de Saint Nicolas (1905)
    Légende en deux parties et 16 tableaux pour chœur mixte, soli, voix d’enfants,
     piano, orgue, harpe et orchestre à cordes
    sur un poème de René d’Avril (durée totale 24’39)

    Le Miracle de Saint Nicolas

    "Saint Nicolas et le Père Fouettard", photographie
    tirée du site des matatchines

     


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  •             Pour satisfaire votre curiosité bien légitime, je vous livre ici la fin toute logique de la nouvelle intitulée "Rédemption".

     

     

    Poupées Russes

     


        Au bout de trois mois, il y avait quatre-vingt-dix réfugiées dans l'isba1 d'Ivan Labibine Ossouzoff. Elles conduisaient là simplement et franchement une existence conforme à la vie et à la vérité, telles qu'elles étaient avant que les sophismes modernes et les monstruosités  de czarisme  eussent empoisonné les âmes et les coeurs.
        Du matin au soir Ivan Labibine leur montrait son petarouk
    2 irrésistible. Comme il avait été gagné à la doctrine des Doukhobors, il ne tarda pas à les convaincre que les vêtements sont des  inventions immorales et hypocrites qui favorisent le péché des sens et l'usage de l'alcool et du tabac. Aussi tout ce monde, sous la Croix vivifiante du Christ, passait-il son temps complètement nu, comme devraient le faire tous les êtres  simples et purs, conformément à la parole de l'Evangéliste, qui dit : « Celui qui ne veut pas vivre en vérité mourra comme le rameau arraché de l'arbre.» Toutes ces femmes ressuscitées de l'erreur rivalisaient de zèle, et leur présence sanctifiait l'isba, dans laquelle régnait une perpétuelle odeur de ragoudvo4.
        Mais Ivan Labibine observa que son entourage dépérissait. Une nuit qu'il était étendu, la tête appuyée sur un vieux chaudron, en vrai disciple du Christ qui dort mal sur un oreiller mou, il pensa : « Les enthousiasmantes théories sociologistiques d'Henry George et de Spencer enseignent que ceux qui se sont adonnés aux vices des mondains et des mondaines, tels que la morphine, le vin, le tabac, ne peuvent pas être du jour au lendemain guéris de leur poison. On doit leur en faire perdre l'usage seulement progressivement.»
        - Mais réellement, se dit-il, le rapprochement des corps est un vice d'habitude, à ainsi dire, et toutes ces femmes qui jadis rapprochaient leur corps avec un autre corps plusieurs fois par jour et même par heure, sont en train de mourir parce qu'elles sont privées trop brutalement du poison de la luxure.
        Alors il se leva ; il alla trouver Katarina Samovarovna, et il fit avec elle l'acte de chair. Puis il la quitta, et il alla trouver Alexandrovna Lagarska, avec laquelle il fit également l'acte de chair. Il agit de même avec quatre autres femmes, Vera Efromovna Karapatevitch, Oléine Kamchatka, Agrippine Fornikatritch Ipeka et Vaséline Vassilievna Petrovna, puis retourna dormir sur son chaudron.
        Le lendemain, il se dévoua de nouveau, cinq fois au lieu de six. Et il ne le fit que quatre fois au lieu de cinq la nuit d'après. Et ainsi de suite.
    Dès lors, toutes les nuits, il remplit sa mission comme un vrai khok
    5, malgré les fatigues de plus en plus grandes qu'elle lui imposait. Mais à la fin, Ivan Labibine Ossouzoff constata que, d'une part, ses seuls efforts ne suffisaient plus, et que, d'autre part, indiscutablement, ayant donné tous ses biens aux pauvres, il n'en avait plus, et ne possédait plus pour nourrir les habitantes de l'isba qu'un peu de hareng et d'huile.
        Alors, il demanda l'assistance de quelques hommes connus pour leur vertu. Chaque nuit, ces hommes vinrent dans la maison d'Ivan Labibine Ossouzoff. Chaque fois, chacun d'eux apportait un rouble, et ils se mettaient en costume de Doukhobors pour participer à l'oeuvre de régénération. Et, comme plusieurs d'entre eux étaient une fois entrés dans la maison voisine, qui était celle de Serge Minskinouchine, un pope dégoûtant et pouilleux, Ivan accrocha au-dessus de sa porte une icône devant laquelle il plaça une petite lanterne rouge.

    Notes :
    1 - Maison.
    2 - Exemple.
    3 - Matth., XXVI, 17.
    4 - Sainteté.
    5 - Apôtre.


    Paul Reboux et Charles Muller
    A la manière de... deuxième série
    paru chez Bernard Grasset en 1914

    A la manière de... Léon Tolstoï (fin)

    Icone russe de P. Ivakin
    "L'histoire du pope et de son serviteur Balda"

     

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    L'Esprit souffle


         Dans mon en-tête, il y a ce texte : "l'Esprit Souffle..."
        Oui c'est vrai, je vis en l'écoutant, en l'entendant passer, très haut au-dessus de moi... Mais il souffle si haut sur la montagne qu'il est rare, prise dans la cacophonie du monde contemporain, que je puisse m'élever jusqu'à lui.
        Il est très haut ou très profond, c'est selon la compréhension que l'on a du processus. Quand je m'élève en montagne, loin, très loin du monde agité, il est vrai que je le sens à nouveau : mon escapade de cet été fut extraordinaire à cet égard. Mais si je n'ai jamais essayé la plongée sous-marine, la méditation, que j'ai expérimentée, s'apparente à ce principe il me semble : vous mettez longtemps à descendre en vous, et il vous faut ensuite des paliers, comme des phases de décompression, pour remonter à l'état de veille habituel.
        Ainsi j'ai l'impression de vivre ici un peu comme disait Pascal "entre deux abîmes"; il ne s'agit pas de l'infiniment grand et de l'infiniment petit, qui tous deux appartiennent au monde matériel, mais de l'abîme matériel, dans lequel on plonge ou s'élève, au choix, et de l'abîme spirituel, qui en est
    pour l'esprit humain l'image inversée, en miroir, comme le cône opposé.
        Il y a eu de grands sommets dans mon existence, où l'intensité des sentiments m'a fait rejoindre un instant le souffle de l'Esprit... Et puis de grandes périodes de désert ont suivi, comme en ce moment, des périodes où les moyens ne sont pas donnés de monter, comme on dit,  sur la montagne qui pourtant revivifie, ressource. A ces moments, inévitables dans la condition humaine, il faut savoir garder mémoire de ce que l'on a vécu, connu. Nous sommes comme des pélerins dans une vallée profonde et pleine d'épreuves. En fait, les points culminants de notre vie ne sont que des secours qui nous sont apportés, ponctuellement, afin que nous nous en nourrissions pour tenir durant la prochaine épreuve...

    L'Esprit souffle


        Je vous dis cela comme une excuse. "L'Esprit souffle, et tu entends sa voix", en ouverture de ce blog, cela peut paraître prétentieux ! Mais c'est mon viatique, et c'est un soutien que je vous propose, dans l'avancée obscure à travers ce monde difficile... Non, l'Esprit n'est pas parmi nous, il souffle au-dessus, très, très haut, mais il nous encourage, car si nous le voulons vraiment, nous l'atteindrons toujours un jour ou l'autre, et en aurons la nourriture suffisante. Cela peut se faire sous la forme d'une musique entendue, d'un livre lu, d'un film vu, ou d'une rencontre effectuée, d'une création réalisée, d'un voyage, d'un amour ressenti, d'une découverte, d'une aventure, d'une expérience très forte... Tout à coup, nous sommes propulsés au sommet et nous la recevons, cette lumière tant espérée.
        Serons-nous jamais autre chose que des enfants démunis face à ce monde immense qui nous entoure et dont nous craignons de plus en plus l'écroulement ? Aussi, quitte à faire sourire le psychanalyste, acceptons d'attendre une nourriture qui nous dépasse et qui est la seule réellement indispensable : celle de l'Esprit dont nous sommes issus, au même titre que de la matière qui cherche à nous garder en vie. Si notre mère est la Terre, qui est donc notre père ?...


    David Parsons, Dorje Ling
     

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  •       Je voudrais vous faire connaître un livre plein d'esprit, qui fut publié chez Grasset en 1914 et me vient de mon grand-père, un homme de théâtre à la verve comique développée pour notre plus grand bonheur.

        Intitulé "A la manière de...", il propose des pastiches d'écrivains ou d'orateurs connus à l'époque, qui sont généralement quoiqu'un peu iconoclastes, plutôt réussis et toujours amusants.
        Les  auteurs sont Paul Reboux et Charles Müller. 

     
        Voici le début d'une nouvelle intitulée "Rédemption", qui fut écrite "à la manière de Léon Tolstoï et des romanciers russes traduits en français". Outre l'actualité brûlante en matière soviétique, ce genre de texte nous apportera un peu de la neige qui nous fait défaut en ce début de décembre.


    A la manière de... Léon Tolstoï

    Un salon de thé près de la Perspective Newsky, à Saint-Pétersbourg
       
        Ivan Labibine Ossouzoff, du gouvernement de Kartimskrasolvitchegorsk, district de Vokovosnesensk- Anskrevosantchoursk, commune de Ortoupinskaïeskaïa-Tienswlapopol, village de Tartine, quand il eut hérité la fortune de sa mère Ilia Vassilievitch Potengleska et le majorat de son père le général Dimitri Ivanovitch Boufnarine, avait longtemps mené une dégradante vie de débauche, car il passait la plus grande majorité de ses jours et de ses nuits, le londrès1 aux lèvres, à vider coup sur coup des verres successifs d'eau-de-vie et de champagne, à verser la chartreuse dans les pianos, à fréquenter les mauvais lieux ornés de miroirs, et à activer la chute dans le péché des malheureuses condamnées à la violation continue des lois divines et humaines par la corruption du pouvoir légal mis au service de l'égoïsme luxurieux des buveurs et des fumeurs.
        Mais dans la nuit de Noël 1885, le 7 janvier 18862, un événement lui donna à réfléchir sur la conduite éventuelle de sa vie. Son camarade de dissipation, Nicolas Novodvorovodski Moulagoff, après avoir beaucoup bu, beaucoup chanté, beaucoup fumé, trouva plaisant de se faire enfermer dans la glacière d'un restaurant de nuit fashionable. Il y fut retrouvé mort le lendemain dans la glace et dans le péché.
        Honte et dégoût ! Dégoût et honte !
      A partir de ce jour, Ivan Labibine changea de krokno3 instantanément. Il distribua aux pauvres  tout ce qui faisait le luxe et le comfort de son logis, le calorifère, la salle de bains, le tub, le water-closet, l'ascenseur. Il se chaussa de galoches de bois, car il était devenu végétarien et n'admettait plus qu'on pût utiliser ni la chair ni le cuir des animaux. Il partagea ses terres entre ses paysans. Il brûla sa provision de bois et de charbon. Il brûla aussi sa bibliothèque, car tous les livres sont pernicieux et contribuent par le mauvais exemple à propager les passions, les maladies sexuelles, l'usage de l'alcool et du tabac. Enfin il alla faire un mychew4 dans un des massifs de la Perspective Newsky et y enterra ses gants, sa montre et son lorgnon, car ils sont des objets de luxe contraires à la vie normale puisque les animaux, qui mènent une vie normale, s'en passent bien.

    A la manière de... Léon Tolstoï

    La Perspective Newsky au siècle  dernier

            Il venait de remplir cet acte salutaire quand il fut accosté par une prostituée.
        - Dis-moi quoi, joli bronskoï5, viens chez moi, il y a du vodnia6.
        Ivan Labibine Ossouzoff prit les mains de cette malheureuse et les embrassa. Mais elle se recula avec frayeur. L'existence de perdition qu'elle menait lui avait fait oublier la notion du bien et du mal.
        - Arrière, vieux diable ! Gueule de cochon ! Que la peste t'étouffe et que mille chiens mangent tes sales tripes molles ! fit-elle en le regardant de travers.
         Mais Ivan Labibine reprit sans se décourager :
        - Ne te fâche pas, ma petite colombe tout en miel. Je veux t'enlever au malheur.
        La fille riposta :
        - Donne-moi plutôt trois kopecks7 pour acheter du kwass8.
     - Je te donnerai gratuitement des meurbacks9, poursuivit affectueusement Ivan Labibine.
        A ces mots, les yeux bordés de rouge de la prostituée s'humectèrent de larmes.
        Ils restèrent ainsi à causer ensemble sur la Perspective, bien que la neige qui tombait sans interruption depuis le commencement de l'hiver gelât l'air au point qu'il y avait de quoi pleurer et que c'était une propre horreur de froidure.
        Enfin la prostituée, en s'essuyant la face avec son bechmet10 de kanaous11 rouge, dit :
        - Je te suis, petit père.
        Ivan Labibine conduisit chez lui cette créature de Dieu.
        A partir de ce jour, il s'en alla chaque matin pour marcher sur la Perspective Newsky. Chaque matin il rencontrait une prostituée, il l'abordait, il s'efforçait de développer ses doctrines, et chaque matin il la ramenait chez lui.
        Au bout de trois mois, il y avait quatre-vingt-dix réfugiées dans l'isba12 d'Ivan Labibine Ossouzoff...

    Notes :
    1 Les mots en italique sont en français dans le texte original.
    2 On sait que le calendrier julien retarde de quatorze jours sur le calendrier grégorien.
    3 Habitudes, genre d'existence.
    4 Trou.
    5 Blond.
    6 Feu.
    7 Monnaie russe valant un douzième de florin.
    8 Boisson fermentée usitée par les gens du peuple.
    9 Bons conseils.
    10 Sorte de jaquette tcherkesse.
    11 Sorte d'étoffe tartare.
    12 Maison.


    A la manière de... Léon Tolstoï

    Une isba traditionnelle

     

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