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    Extrait de la fresque de Michel-Ange : la Création d'Adam 


     
    Je savais
    Que nos mains aveugles se toucheraient
    Dans le vide du temps

    Je savais
    Que l’étincelle ferait surgir des mondes
    De nos deux abîmes

    Je savais
    Ma pâleur et ma chute
    Et ton envol de feu

    Je savais qu’en tes doigts je deviendrais poussière
    Je savais
    Ton mystère d’été

    Et le temps qui me change en feuille de risée
    Et l’odeur de ta vie qui colore mon sang
    Et l’épaisseur du jour qui te crée ou t’efface

    Mais le dieu s’est glacé
    Et je sais ton sourire
    Il m’a tuée

    Je sais aussi
    Que sous mes pas
    Naissent les fleurs que tu désires

    L’ombre de ton regard
    C’est moi-même immobile à ta source
    Et tes gestes dorés
    Sont mon reflet dans le miroir

    Un vol suffit
    Je le savais

    Mais les étoiles nous entraînent…
     

     Le Rossignol d'Argent
    © Les éditions Saint-Germain-des-Prés, 1974

     
     

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    Amaradougou : les bons moments

     
        Allait commencer pour nous un long séjour à l'écart de toute civilisation - où je me sentis quelque peu "en trop" -, durant tout le temps où Francis, accompagné de son guide, quadrilla la région avec la jeep, pour faire un relevé précis de l'immigration malienne en territoire ivoirien.
         Heureusement pour moi j'avais entrepris d'étudier l'anglais, que je n'avais pas appris à l'école et commençais à considérer comme indispensable. Assise dans ma case bien à l'abri du soleil que je trouvai rapidement trop agressif (dès qu'il sortait des nuages, il me paraissait insoutenable !), j'avançai dans la méthode Assimil de façon foudroyante, à raison de quelques heures par jour à chaque début d'après-midi.
        Ayant découvert ma grossesse vers le 15 juillet, celle-ci datait apparemment des environs du 15 juin, et je fus rapidement à l'orée du 3e mois, si bien que je ressentais très précisément le poids dans mon ventre durci. Cela me rendait donc d'autant plus prudente.
         Robert, de son côté, avait mis aussitôt les enfants à contribution, leur montrant dans ses cahiers des images de coléoptères (il cherchait particulièrement à trouver un goliath, énorme insecte dont on lui avait offert, petit, un spécimen naturalisé).

     

    Mon Voyage en Afrique noire - 5

    (Goliaths : photo extraite du site cité en lien)

        Mais apparemment on n'en trouvait pas dans ces régions. Cependant les enfants, très excités (la fille du chef à leur tête), lui expliquèrent qu'il s'agissait de "Gobos" (insectes), et l'entraînèrent en brousse dans l'espoir de lui en trouver et de passer à la postérité ("photota !" hurlaient-ils pour être filmés).
        C'est ainsi qu'on lui présenta une grosse araignée au corps jaune tacheté de noir de la taille environ d'une pièce de 5 francs, qu'il eut terriblement peur d'attraper... Piquait-elle ? Les enfants semblaient affirmer que non... Après bien des hésitations et des questions muettes (personne ne parlait français ici ! Il fallait se comprendre par gestes !), il finit par la prendre et se la poser sur le bras, me demandant de le filmer avec le monstre gravissant son épaule... Il passa ainsi rapidement pour un héros !


    (Elle ressemblait bien à celle-ci : l'argiope fasciée ; cependant je suis surprise
    de trouver sur internet que cette araignée vit surtout en Europe ! Quand je disais que je ne me sentais pas si dépaysée que cela... Pourtant je n'en ai pas trouvé de plus ressemblante !)


        Le matin nous nous promenions tous deux, soit dans les environs qui étaient plutôt "broussailleux", c'est le cas de le dire, soit sur la piste. Nous débarrassant laborieusement des gamins, nous traversions des "champs de caféiers" qui n'étaient que des clairières sommaires où poussaient des arbustes à larges feuilles.

    Mon Voyage en Afrique noire - 5

    Caféier

          Parfois nous croisions des bananiers, dont hélas les bananes n'étaient pas mûres ; puis le petit sentier nous menait dans le bois où nous espérions rencontrer des animaux, et où nous ne trouvions que des colonies de fourmis géantes qui m'épouvantaient : je frissonnais en songeant aux enfants du village marchant toujours pieds nus, alors que moi je bénissais mes sandales.

    Mon Voyage en Afrique noire - 5

    C'était ce genre de gamins (moins les sandales)...

        Au soir, les hommes rapportaient de ces champs des brassées de branchages, voire des troncs sur leur tête, tandis que les femmes ramenaient la récolte dans de grandes bassines, portées de même. 

    Mon Voyage en Afrique noire - 5


         Quand nous empruntions la piste, nous pouvions entendre et apercevoir de loin quelques singes, perchés dans les hautes branches de palmiers qui pointaient au-dessus de la végétation comme chez nous un pin sylvestre. Ils étaient si éloignés que nous ne pûmes jamais en photographier, et je pensais à nos écureuils, qui finalement sont moins sauvages.

    Mon Voyage en Afrique noire - 5


     
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        Pour répondre aux questions posées avant-hier, les arbres photographiés étaient probablement des acacias, mais j'ignore cette espèce qui au printemps produit d'abord des grappes blanchâtres, puis une si magnifique floraison.
     

    Réponses aux questions posées

           
     
       Quant à l'extrait de jazz proposé, il était issu de ce disque, qui est une compilation des meilleures prestations de saxo ténor (voir sur Amazon) :
     

      
     
     
    et il s'agissait de la 11e plage, l'interprétation de "Body & Soul" que donna Coleman Hawkins en 1939 à New York, avec entre autres Gene Rodgers au piano et Arthur Herbert à la percussion.

     

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        Il y a un an déjà que j'ai commencé ce blog ! Un an que je m'efforce de créer un espace souriant et convivial, afin de vous découvrir, de vous connaître, d'échanger avec vous tous, un an enfin que chaque journée m'enrichit d'un contact nouveau : poètes, peintres, musiciens, voyageurs, penseurs, jardiniers, photographes, cinéastes, conteurs, romanciers, tous pleins d'esprit et pleins de rêves, quel bonheur d'avoir pu vous rencontrer et partager avec vous !

             
                         



     

    MERCI À TOUS !

     
       
        Pour couronner ce moment, voici quelques fleurs de saison, et surtout, la photographie d'un arbre qui sera ma question du jour : qui d'entre vous peut m'en dire le nom ? Je m'interroge vainement...

    Un an déjà !

    Ça je sais... 


    Ça aussi...


    Mais ça ?....

          Ça sent merveilleusement bon... Mais il paraît que pour les gens allergiques, c'est mortel !!!


    C'est quoi ?....

      

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    De Niamagui à Amaradougou

        Je ne me souviens plus avec précision comment se passa ce premier soir à Niamagui (car il y en eut au moins un autre, beaucoup plus illustre plus tard), mais je sais que l'on nous offrit de l'alcool de palmes, de fabrication locale, qui nous confirma bien que ces Baoulés n'étaient pas sobres. J'eus pour ma part du mal à l'avaler, et il ne me parut pas d'un goût exceptionnel.
        Puis nous dînâmes en extérieur sur des planches de bois posées sur des tréteaux, à la lumière de lampes à gaz disposées sur les toits dès la tombée du jour (assez précoce, si je me souviens bien... vers 18h30 je présume). Les femmes du village, très souriantes, nous servirent et me firent découvrir le "foutou d'igname", une purée de cette pomme de terre allongée et blanche qu'ils cultivent là-bas.

    Mon voyage en Afrique noire - 4

    igname coupée

        Autre souvenir : quand le soleil se couchait, j'avais toujours besoin d'un petit gilet car l'humidité me faisait frissonner.

        Après une bonne nuit sur un lit et sous une moustiquaire, nous avalâmes un café de notre fabrication et reprîmes la piste vers Amaradougou, sous les adieux frénétiques des gamins qui couraient derrière nos véhicules. C'était juste le village suivant, deux kilomètres plus loin ; mais quelle différence !
        Nous restâmes sur la piste tandis que Francis, accompagné de son guide, partait parlementer. Il s'agissait de Malinkès, musulmans et non francophones, très pauvres ; plus pauvres sans doute que les habitants de Niamagui. Le village était plus grand, plus organisé aussi autour de places de réunion où se rejoignaient de vastes quadrillages de petits chemins pour desservir les cases, plus ou moins régulièrement disposées. On y distinguait ainsi des quartiers, le quartier central et avancé vers la piste étant celui du "Chef" (on pense un peu aux camps romains, ou au village d'Astérix...). Le chef s'appelait "Amara", et quoique dans la force de l'âge (il semblait avoir une quarantaine d'années), c'était lui qui avait donné son nom au village ("dougou" signifie "village" dans cette langue).
        La photo ci-dessous, quoique prise au nord de la Côte d'Ivoire, peut donner un aperçu de l'aspect de ce village :

    Mon voyage en Afrique noire - 4

    On voit ici à gauche justement une des ces cases qui ne sert pas d'habitation,
    mais peut-être de remise, et pourrait être une halle pour les réunions du soir


        Après de longues négociations, nous fûmes invités à nous rendre sous la vaste halle présidant à l'entrée du village, sorte de haute maison sans murs, mais avec seulement des balustrades de bois, si je me souviens bien, un plancher de bois aussi, et meublée de bancs et d'une jolie "chaise longue" en joncs réservée au chef, mais que par la suite j'essayai, à la suite des enfants, et trouvai fort agréable. En voici un exemple  :

    Mon voyage en Afrique noire - 4

    (ici hélas on n'en voit que le dossier : ces fauteuils ont été photographiés au Mali)

        Là nous attendait une assemblée importante (peut-être tous les hommes du village, qui sait ?), ainsi que quelques gamins curieux (mais surtout ceux de la famille du chef, bien nourris et flattés de la main par celui-ci) ; au centre trônait Amara, dans son grand boubou bleu passé, avec son bonnet de toile conique sur la tête, et tenant dans la main droite, en guise de sceptre, une baguette terminée par une sorte de plumeau (cela pouvait être un chasse-mouches ?). On se sentait en présence d'une ethnie bien différente de celle rencontrée précédemment : le visage d'Amara était anguleux et comme "taillé à coup de serpe", on lui apercevait peu de cheveux et il était relativement maigre ; quant aux hommes du village, ils avaient parfois la tête rasée, et personne ne présentait le moindre embonpoint. Les anciens portaient de vieilles robes usées ; les jeunes, plus actifs, avaient des sortes de pantalons coupés façon bermuda. Une petite fille d'environ 6 ans, sans doute la dernière-née du chef, était constamment contre ses genoux avec une petite robe bleue qui laissait voir ses épaules et ses jambes.
        Je n'ai aucun souvenir de son discours, et je pense qu'il s'adressa plutôt en Malinkè à ses compatriotes, pour nous présenter à eux, et leur expliquer que nous étions ses hôtes et aurions durant deux semaines le droit de nous promener partout dans le village, et même de photographier... Il était important de prévenir la population, car dans leur tradition, être photographié est un danger pour la personne ; cependant, avec la caution d'Amara, qui en plus d'être le chef administratif du village en était aussi le chef religieux, nous pouvions nous y adonner sans crainte.

        (Question photo, je n'en pris pas là-bas ; c'est Robert qui se chargea de filmer de façon répétée, pour pouvoir fignoler ensuite un joli petit reportage sur notre séjour).

        Ensuite on nous conduisit vers deux cases séparées mais face à face, toutes deux vides et appartenant au chef : Francis et Margaret d'un côté, Robert et moi de l'autre. J'eus la surprise d'entrer dans une pièce de torchis entièrement vide, et ne présentant qu'une ouverture vers l'arrière : une porte (sans porte !) donnant sur une sorte de courette ménagée par un mur de joncs accolé de part et d'autre au flanc arrière de la case, dans lequel trônait un seau. Etait-il destiné à la toilette, ou à nos besoins naturels, ou aux deux ? Nous ne savions pas, mais ne nous imaginant pas en train de passer à travers la cour d'honneur du chef avec notre seau peu engageant à vider, nous décidâmes de ne nous en servir que pour la toilette. Pour le reste, nous nous organisâmes pour quitter le village à chaque fois qu'il était nécessaire (ce qui ne fut pas toujours du plus confortable c'est certain!). D'ailleurs les environs d'Amaradougou étaient assez nauséabonds ; cela puait le marigot en décomposition, et je ne me gênais pas pour penser que, même si notre civilisation était censée "polluer", elle paraissait cependant plus propre que "l'état naturel" !

        C'était en prévision de cette absence totale de mobilier que Francis avait emporté nos lits de camp et nos couvertures de l'armée. Bientôt ceux-ci furent installés dans les cases, et pour remplacer la moustiquaire, je commençai à me badigeonner matin, midi et soir de "moustifluid". Sage précaution ! Car les moustiques locaux, contrairement aux nôtres et aux idées que j'aurais pu me faire, étaient minuscules et passaient pratiquement inaperçus, donnant des piqûres d'autant plus agaçantes qu'elles étaient microscopiques : les gratter, ce n'était pas provoquer des "cloques" comme chez nous, mais plutôt entraîner rapidement des lésions de la peau, des écorchures. Et de plus ils étaient fort dangereux... J'allais bientôt en avoir la preuve.

     
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