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    Que 2006 vous apporte joie et bonheur !
    Puisse l'humanité trouver des solutions aux maux
    qui sévissent sur notre planète,
    Et avec un peu plus d'amour,
    de compréhension et de partage,
    nous saurons peut-être encore sourire à la vie !

    Passez un excellent réveillon,
    avec tous ceux que vous aimez,
    que ce soit en chair et en os,
    ou dans votre cœur...                                  
     
    Valentine
     
     
     

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            Rappel : nous sommes le 25 décembre 1984, et nous promenons autour de Timimoun (carte).    
     
        Après cette matinée éprouvante, le couscous nous attend chez la grand-mère de Farid où nous parvenons bientôt, après un détour par une entreprise de bâtiment qui nous concède quelques-uns de ses bidons d’essence en secours.
        Nous voici bientôt encerclés par les multiples enfants qui se font une joie de nous guider vers le « jardin » un peu sale où le sol rouge et sableux est juste humecté suffisamment pour produire quelques pousses timides. Des chèvres font particulièrement notre joie. Nous nous suivons également à la queue leu leu jusqu’au « trône » d’argile surélevé comme une chaire au-dessus de son réservoir à fumier. On y accède par un escalier tournant et, juché sur un trou peu inspirant, on domine le paysage.
        Les enfants nous prient pour obtenir des cadeaux : « Donne-moi ta montre !… Tes lunettes ! »… Nous sommes désolés de n’avoir pas prévu cet assaut et de ne pas en avoir de rechange. En passant nous nous extasions sur une fillette de deux mois aux cheveux noirs et frisés, qui suçote sans répugnance une tétine pleine de sable, les jambes étroitement ficelées dans des linges douteux. Puis on nous exhibe un bambin de trois ans dont les joues sont enflées, pour nous demander un avis : en effet, deux infirmières font partie de notre groupe. Le diagnostic saute aux yeux : il a les oreillons ! Nos camarades sont formelles : lui offrir de l’aspirine serait dangereux, car ces enfants-là ne sont pas habitués comme nous aux médicaments ; de plus il ne semble pas trop fiévreux, malgré l’air misérable qu’il affecte pour la circonstance.
        A peine sommes-nous assis qu’une jeune fille se présente devant nous portant un récipient d’eau tiède accompagné d’un savon et d’une serviette éponge. Fort courtoisement, elle nous verse l’eau sur les mains, de son pichet de cuivre, nous invitant à nous les nettoyer avant le repas. Nous y sommes très sensibles.
        Enfin arrive le couscous. Il contient fort peu de viande, en petits morceaux nerveux à se partager entre voisins. Mais il n’y a pas de couteaux et les bouts résistent aux efforts de partage, élastiques… Je m’en mets partout. Il y a peu de légumes, peu de sauce, et de toutes façons Farid se sert si bien – de même qu’en eau à boire – que très vite il ne nous reste plus rien. Heureusement un thé nous est servi ensuite, tandis que des tapis à vendre s’étalent sous nos yeux… Hélas, nous n’achetons pas ! La bonne grand-mère est désolée, si bien que nous tenons à lui présenter nos remerciements en arabe avant de partir (Mahmoud servira d’interprète).
     


        C’est à nouveau le départ. Les bagages retournent dans le coffre de la Mazda, si bien que je me vois forcée de reprendre stoïquement ma place sur la roue arrière de la Toyota : au point où j’en suis !…
        Farid est pressé. Il repart sans une minute de pause et se lance comme un fou sur une piste sans attrait et pleine de secousses. David monté à mes côtés prend quelques mauvais coups qui l’assomment presque. Farid ne ralentit jamais, ne s’arrête jamais. Peu à peu la roue à laquelle je m’agrippe quitte son axe et saute aussi en tous sens, tandis que le dernier morceau de poignée de la portière arrière s’arrache. Mahmoud, sa voiture et ses passagers ont disparu depuis longtemps : Farid n’en a cure… Le sable qui pénètre par l’arrière nous asphyxie peu à peu. Soudain, à force d’accélérer vers ce qu’il prend sans doute pour un mirage, en plein désert de cailloux gris, Farid s’échoue à grande vitesse dans un tas de pierrailles! Nous crions sous le choc, comme assommés.
     

    Noël au Sahara : le retour à Timimoun
    Un curieux cimetière en plein désert, avec sa tombe de marabout toute blanche

       
        Pendant qu’il cherche à extraire son véhicule de ce mauvais pas en hurlant sa déconvenue, les camarades se photographient couverts de sable. Quant à moi, je m’efforce avec David de redonner un peu d’allure à l’arrière saccagé que nous occupons.
        Puis, c’est de nouveau l’errance désespérante, jusqu’à la surprise de l’après-midi… La voiture parvient à un chemin sableux au fond duquel des touristes sont occupés à creuser : un gisement de roses des sables !!!


    Une jolie rose des sables
     
         Nous sommes arrivés dans des dunes dorées, où les trous pratiqués par les pelles font penser à une plage de bord de mer. Comme nous ne sommes pas équipés, c’est à quatre pattes et avec nos mains que nous creusons, charitablement guidés par quelques français présents. Et des roses, il y en a ! Nous en récoltons des trophées. Dommage qu’elles soient fragiles, et que nous ayons si peu de moyens pour les transporter. Ce sont des concrétions de sable humide, les plus frustes sont à peine dentelées ; certaines sont toutes petites. Nous les entassons encore dans nos sacs.

           Mais Farid bat la semelle. Il est 16h. Malgré nos supplications, c’est encore à un train d’enfer qu’il nous ramène sur Timimoun, évitant soigneusement la belle route goudronnée qui n’est pas finie et donc présente une barrière de pierres tous les 100 mètres.
      
     

    Noël au Sahara : le retour à Timimoun


        Devant sa maison, nous apercevons la Mazda et ses occupants qui nous attendent anxieusement… Ils ont réellement eu peur d’un accident (non sans raison !). Mais les pauvres ne sont pas au courant de notre détour par les roses des sables. Nous les y envoyons, hélas… avec nos bagages demeurés à l’arrière.
        Pour qui, la bonne douche chaude ? Pour Farid, qui se pomponne et revient enroulé dans un grand peignoir. Quand nos camarades reviendront, heureux de leur voyage effectué sans encombre et sur de bonnes routes, il n’y aura plus que de l’eau froide et au lavabo.
        C’est enfin le moment où, extirpant de mon paquetage mon nécessaire à couture, je m’applique à recoudre intégralement mon fond de pantalon…
        A la nuit tombée, nous rejoignons pour le dîner une gargote du centre ville ; puis c’est le retour sous un grand ciel étoilé de constellations multiples et scintillantes. Le froid pince et nous sommes heureux de retrouver un toit bien clos, même si c’est pour dormir sur un tapis avec des coussins de fortune.
     
     
    À suivre ici
     
     

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    Dentelle givrée
    Toile diaphane
    Brumes d’hiver aux amples houppelandes
    Blanc des jardins brun des troncs au lointain
    La rivière s’étale en miroir dépoli
    Etoilée par le gel
    Et les moignons des arbres élagués
    S’étoffent de flocons agrippés au lierre
    Un envol de corbeaux croasse sur les cimes
    Une détonation puis deux se font entendre
    Tu sursautes mon chien et tu dresses l’oreille
    Sous mes pas alourdis la neige durcie craque
    Sur les herbes roidies
    Nous sommes dans un paysage
    Qu’un peintre mystérieux a moucheté de blanc
    Par mille taches claires
    Avec amour avec patience
    Dans l’infinie tendresse
    D’un matin qui fume de froid
    Vivifiant et glacé



     

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  •      Pour mémoire : nous quittons Tinjillet, dans la sebkha près de Timimoun, en ce matin du 25 décembre 1984. 

     

    Près de Timimoun, la Sebkha

     
          « J’aurais dû m’en souvenir, me dis-je, tandis que les cahots me projettent en tous sens dans le coffre de la Toyota break où je me suis engouffrée en urgence : le soleil ici ne se lève que vers huit heures en cette saison ». Aux côtés du jeune Sébastien, j’essaie de tenir assise sur la roue de secours… Pourquoi sommes-nous dans ce vieux coucou ? Sans doute parce que Mahmoud, appelé à la rescousse par Farid pour nous transporter, ne souhaite pas surcharger sa Mazda mieux suspendue et a préféré emplir son coffre de nos bagages. Bien sûr chacun s’est rué et entassé sur les banquettes avant et arrière des deux voitures, mais rien à faire, il reste deux personnes de trop, et ce sont Sébastien et moi, qui nous coltinons ce coffre aux tôles disjointes et dont la double porte est partiellement remplacée par une planche.
     

    (La Mazda)

        Rebondissant de droite et de gauche comme des balles de tennis, nous ne réussissons pas même à nous agripper au plafond, tout étant plus ou moins cassé ou coupant… Sur le moment, nous en rions, de même que de voir l’angoisse de nos camarades du devant qui, serrés comme des sardines, touchent le plafond de leurs têtes à chaque cahot, et ne peuvent non plus s’agripper aux portières dont la fermeture est problématique.
        J’essaie d’apercevoir le soleil qui reste longtemps caché derrière la falaise, mais il n’en dépasse le sommet que vers 9h, déjà bien clair ; et de mon gîte inconfortable je ne discerne pas grand-chose. Où allons-nous ? C’est le mystère… Je n’avais pas besoin de faire bande à part ! Sébastien a réussi à se caler contre un coussin, mais pour moi la situation empire d’instant en instant. Qu’arrive-t-il à Farid ? Il est de plus en plus déchaîné et semble prendre un malin plaisir à foncer sur les pierres, à une vitesse telle que bientôt nous perdons Mahmoud de vue (heureux ses passagers !). Bientôt cet assaut de secousses, qui provoquait d’abord des rires nerveux, nous coupe de le souffle, et hoquetant, des larmes commencent à jaillir de nos yeux…
        Le père de Sébastien veille. Apercevant les pleurs muets de son fils il intervient fermement auprès de Farid pour qu’il s’arrête. Chacun se scandalise de la situation ; mais nous n’obtiendrons pas la grâce de Farid : c’est à peine s’il acceptera de laisser le père échanger sa place avec son fils, avant de repartir de plus belle.
        Nous voici de nouveau malaxés comme des pommes de terre au fond d’une carriole tirée par un cheval au galop. Quelle angoisse, tandis que mes lunettes sautent sans cesse de mon nez ! Mais je ne saurais me résoudre à les tenir à la main, car je suis certaine qu’alors je les briserais, obligée comme je le suis à me retenir à tous moments dans des envols brutaux. A chaque cahot, des brassées de sable s’engouffrent par les fentes des portières arrière et nous habillent d’un maquillage brun en blanchissant nos cheveux. A mes côtés, le père de Sébastien reste taciturne, s’efforçant de ses bras levés de se maintenir éloigné du toit du véhicule. Je fais de même, mais étant assise sur la roue j’en suis bien trop proche pour mon goût, et de plus mes fesses cuisent de plus en plus.
        Au bout de trois heures de cette course folle, nous parvenons enfin à un village aux maisons rouges et carrées. Des enfants nous y accueillent. Nous entrons dans une cour et nous arrêtons, déchargeant les bagages : nous sommes chez la grand-mère de Farid.
        Hélas, en sortant du véhicule, une mauvaise surprise m’attend : lors de mes lourdes retombées sur la roue creuse, mon pantalon s’est décousu sur tout l’entrejambe ! Je descends précautionneusement avec mon anorak en guise de pagne et envisage de fouiller dans mon sac à la recherche d’une autre tenue.
        Nous pénétrons dans une pièce sombre où se trouvent disposés des matelas en demi-cercle autour de tapis. Une paysanne âgée, entourée de toute une tribu de petits enfants, nous fait servir du thé : elle ne parle pas français. Je m’efforce de retrouver mes affaires pour changer de pantalon, mais découvre avec désespoir que je n’ai rien de convenable à enfiler.

    Le pantalon incriminé...

        Cependant, à peine me suis-je éloignée du groupe que tout le monde a de nouveau disparu … ! Où sont-ils donc partis ?! Sidérée, je m’en ouvre à la vieille dame qui rit de ma mésaventure, lorsque ressurgit brusquement la Mazda, guidée par David qui a tout de même réalisé que je manquais à l’appel. Eh bien ! Il me faut donc repartir avec mon pantalon décousu…
        Cette fois enfin nous montons dans l’agréable coffre tapissé de linoléum de Mahmoud. Quel délice de se laisser conduire par lui ! D’abord une vitre nous permet de suivre le paysage ; ensuite l’habitacle ferme hermétiquement. Et c’est heureux, car nous pénétrons dans les dunes… !
        Les voitures commencent à déraper, et Mahmoud, exécutant de savants méandres, nous fait profiter de tours de toboggan très agréables, par glissades contrôlées du véhicule en descente. Le but de ce voyage ? Un petit village érigé dans les sables.

    Le village dans les dunes : au premier plan, la Toyota avec sa planche en guise de vitre arrière


        Nous en faisons le tour à pied (moi toujours ceinte de mon pagne improvisé) : des « jardins » y sont délimités par des haies de palmes tressées. Des bandes d’enfants étonnés nous suivent, se sauvant à toutes jambes dès que nous faisons mine de les photographier. Les habitants, alléchés par une visite de « touristes » exhibent rapidement des tapis rouges et jaunes, des babouches, à vendre pour un prix exorbitant. Mais nous ne voulons rien acheter, ne serait-ce qu’en raison du manque de place. Nous rencontrons avec étonnement des bâtiments d’administration dont l’architecture carrée et les arcades tranchent avec l’allure traditionnelle du village.
          Enfin nous retrouvons nos voitures.
        Et c’est là qu’il se produit encore un incident stupide. Je demande à notre guide de bien vouloir me prêter sa couverture afin d’être plus confortablement assise dans le coffre. Gentiment, il me l’offre, mais me ravisant, je la lui refuse par peur de la salir. Il s’écrie : « Ces femmes ! Comme c’est versatile ! ». Mais soudain, quelques kilomètres plus loin, il se frappe le front : « Mes lunettes ! Elles étaient sur la couverture que je t’ai tendue ! Elles ont dû tomber dans le sable !! » Or Farid ne voudra rien savoir : on ne retournera pas à leur recherche...

        Je me culpabilise énormément.
      

          …Où l’on voit que s’il y eut des « cadeaux » le 24 décembre, dès le 25 il me fallut les payer...
     
     
     À suivre ici
     
     

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    Ils avaient dîné très tard.
    Des lustres, les chandelles s’affaissaient en pleurant...
    Les lampions rougeoyants souriaient un peu ivres,
    Noyés dans le brouillard tiède.

    Sur eux le Songe se fermait
    Comme un grand coquillage…

    Aveugles, ils s’endormirent,
    Vaincus par l’éternel sourire des soleils
    Qui glissent à rebours des cercles enchantés,
    Etourdis par les pleurs intermittents des astres
    Cloués à leur abîme.

    Et lorsqu’ils s’éveillèrent,
    Ils étaient seuls !

    Seuls…
    Ils se regardaient
    A travers l’ombre hostile,
    Balbutiant des mots
    Qui n’avaient plus de sens…

    Etrangers,
    Eperdus,
    Ils se cherchaient,
    Mais ne se trouvaient plus !


    © Editions Saint-Germain-des-Prés, Paris 1973
    (« Le Rossignol d’Argent»)


     
     
     

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