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        C'est le 27 novembre 1955 à l'âge de 63 ans, que s'est éteint Arthur Honegger, (voir ici sa biographie détaillée), musicien plein de verve et de personnalité, qui travailla auprès de Francis Poulenc et de Jean Cocteau dans le "groupe des six" - un groupe d'amis décidant de faire une musique résolument française et résolument moderne-, puis avec Paul Claudel à l'élaboration de grandes œuvres lyriques du type des drames grecs anciens.

     
        Musique résolument moderne, à l'instar du surréalisme et du dadaïsme contemporains, en écho aux œuvres d'un Picasso ou d'un douanier Rousseau, oeuvres qui parfois font rire ("les Mariés de la Tour Eiffel"; mais Honegger n'y a que participé et se montrait moins farceur de caractère qu'un Poulenc par exemple) et qui parfois se veulent le reflet du monde actuel (par exemple ce "Pacific 231" dont nous parlions hier, mais aussi "Rugby").
        Musique aussi profondément mystique, à l'image de la personnalité du compositeur, de nationalité suisse et de religion protestante. Après "Le Roi David", oeuvre superbe d'inspiration biblique, Honegger nous offrira "Jeanne d'Arc au Bûcher", puis "la Danse des Morts", sous la forme des vastes drames dans lesquels la musique s'enchâsse autour de la déclamation parlée, sur des créations de Paul Claudel.

        On a parfois considéré la musique d'Honegger comme "sévère"... Bien sûr, sa troisième symphonie, dite "Liturgique", écrite sur les désastres de l'après-guère en 1945, est poignante à l'extrême ; et le drame claudélien dans "Jeanne au Bûcher" n'a rien de gai !
        Mais derrière le désespoir, particulièrement vibrant dans sa musique, Honegger cachait aussi une tendresse débordante, qui transparaît dans "la Pastorale d'été", ou dans sa 4e symphonie "Deliciae Basilienses" ("les Délices de Bâle")...
        Franche rigolade, il y en a aussi dans cette farce peu connue  intitulée "les Aventures du Roi Pausole" (histoire d'un ivrogne invétéré, d'après un roman de Pierre Louÿs et d'un ton très rabelaisien), qui se termine par ce calembour :

    Et c'est ainsi qu'il s'en alla
    Du vin d'ici dans l'eau de là !

        Dans sa musique de films, Honegger sait aussi rester accessible, tendre, ou mordant quand il le faut. Si sa musique pour "Un revenant" (dans lequel il se fait compositeur de ballet russe à la mode de Khatchaturian) est sympathique, on reconnaît comme une oeuvre à part entière la partition qu'il écrivit pour accompagner un documentaire sur "Mermoz" (avec successivement "la Traversée des Andes" - le succès - et "la Traversée de l'Atlantique" - le désastre)... -  Enfin, du moins en ai-je un disque microsillon 25 cm (avec "les Visiteurs du soir", de Maurice Thiriet), mais je ne le vois paraître sur aucun catalogue... Aurons-nous un jour l'honneur de la redécouvrir ?...(1)

    Pour illustrer cet article, je vous renvoie
    à sa musique de scène
    pour l'Impératrice aux Rochers, disponible
    ici sur youtube.

     
    Et comme nous fêtons cette année le cinquantenaire la mort de Paul Claudel, disparu quelques mois avant Arthur Honegger, pourquoi ne vous offririez-vous pas "Jeanne d'Arc au Bûcher" avec Marthe Keller comme récitante ? C'est un disque magnifique, mais aussi extrêmement dramatique.
     
     
    (1) Cette musique extrêmement émouvante est aujourd'hui diffusée sur youtube, ici.
     
     
     

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  • PACIFIC 231


    À la mémoire d'Arthur Honegger  


    Souffle
    Crache
    Siffle
    Grincement d’essieux
    Lourde machine en marche
    Tu pars pesante et tu martèles à coups de reins
    Le sol des rails où tu t’ébranles
    Monstre masse de ferrures énormes
    Et tu pars et tu files et tu t’élances au long de la campagne
    Et tu cours à travers les champs que tu dévoiles
    De part et d’autre de tes flancs en bandes délirantes
    Et tu files au vent tel un cheval au grand galop
    Fendant le paysage en Reine que tu es
    Et soudain tu te cabres
    Arrêt Il faut stopper
    Et voilà tu arrives
    Une gare est là-bas
    Il te faut enchaîner peu à peu tes essieux
    Et tu lâches un grand jet
    De vapeur jusqu’aux cieux
    Et tu viens
    Peu à peu
    T’arrê-
    Ter
     

     

    Écoutez la musique correspondante ici
    (vidéo youtube en bas de l'article)

     


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  • (Suite de cet article)

      

        Voici quelques réponses nouvelles aux devinettes des derniers jours. Les indices proposés jeudi 24 novembre évoquaient deux œuvres majeures du musicien-mystère :



     Arthur Honegger 
    (voir son site ici)


        Il s'agissait tout d'abord d'une miniature du Moyen Age représentant le Roi David, titre d'une de ses oeuvres particulièrement émouvantes, écrite dans sa jeunesse sur un thème biblique (à écouter par exemple ici).
        Puis d'une photographie de la fameuse locomotive "Pacific 231", à la gloire de laquelle il a composé une pièce symphonique célèbre.



    Photographie tirée du site "Le Pacific Vapeur Club"

    J'ai à mon tour composé un poème sur cette oeuvre magistrale... à lire ici.


    Pacific 231 dans l'interprétation de l'orchestre du Capitole de Toulouse 
    sous la direction de Michel Plasson.
       

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  • Un noyer en automne
     


    O poussière d’été
    O sommeil des saisons

    Et toi qui t’ensommeilles avec tes feuilles d’or
    O grand arbre d’automne au souffle chaud d’été

    Mon humeur me gouverne
    Le sommeil m’environne

    Et mon cœur est semblable à cet arbre d’automne
    Soufflant ses feuilles d’or pour se faire soleil

    Mais la chaleur s’évade
    Mais la clarté s’éteint

    O la nuit sans limites et ses lourdes menaces
    O la peur de la mort qui se tapit tout près

    Voici le jour d’hiver
    Voici le froid gelé

    Et toi tu t’es figé transparent et glacé
    O grand arbre d’hiver sur le ciel bleu pâli

    Mon cœur est dévasté
    Mon sommeil s’obscurcit

    Et la nuit me revient inlassablement noire
    Avec le pleur stérile de ce sol desséché

    Au matin c’est le givre
    Ou le brouillard épais

    Qui ligote mon âme au fond de sa prison
    O Seigneur de la Vie reviens vers tes enfants

    Nous avons cru jadis
    Pouvoir garder l’été

    Nos cœurs se sont éteints comme des astres morts
    Et nous voici vaincus épuisés par l’exil

     
     

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  • (Suite de cet article)


        Sans tout vous dévoiler, je veux pourtant apporter quelques éléments de réponse aux questions que je vous ai posées sur ce mystérieux anniversaire.    

     
        En effet, même si certains d'entre vous ont manifesté de brillantes intuitions (comme Sylvie, par exemple), vous n'êtes pas égaux devant l'énigme proposée, puisqu'elle s'adresse essentiellement à des connaisseurs en musique classique.
        Le lien situé en bas du premier article vous conduisait droit à la réponse... mais encore fallait-il cliquer dessus et regarder dans la barre d'adresse ! Merci en tous cas à tous ceux qui ont cherché.

        Il y a quelques jours, je vous parlais du cinquantenaire de la mort de Guy Ropartz, qui nous a quittés le 22 novembre 1955. Cela m'a rappelé qu'il n'était pas le seul de sa corporation à être disparu en 1955, et lorsque je cherchai la date exacte de la mort de son brillant confrère (car il est tout de même plus connu que Ropartz), je découvris qu'il s'agissait du 27 novembre !... Ce qui nous donne dimanche prochain, date butoir de cette petite rétrospective. Je décidai donc de me livrer à ce petit jeu pour agrémenter quelque peu le style de mes articles...

        Reprenons un par un les différents indices :

    Le premier : "Il ne se prénomme pas Merlin"... En effet : il se prénomme Arthur ! Bravo Viviane ! Cétait une allusion à l'un de mes précédents articles sur l'anniversaire du petit Merlin, photographié auprès d'un petit Arthur...

     
    Le second : "Ce n'est pas un "Petit Suisse"... Bien sûr ! C'est un "grand homme de nationalité helvétique" ! (Jeu de mots-laid évidemment...)

    Le troisième : "Il s'est distingué dans quelques films notamment avec Louis Jouvet". En fait, il a écrit et dirigé la musique de certains films. Mais pour le film "mystère", dans lequel notre ami fait "une apparition", le voici :



        Il s'agit de "Un revenant", film de Christian-Jaque, dans lequel nous voyons notre héros, directeur de l'orchestre que supervise Jacques Sauvage, donner la réplique à Louis Jouvet qui lui demande de répéter pour la représentation du soir.

        Allez, pour finir en beauté, je vous livre la photo du fumeur de pipe en entier :




    Ajoutons aussi un lien musical.
    Comme avant-hier, je ne dis pas encore
    de quoi il s'agit, mais vous le verrez dans
    la barre d'adresse...  suspense...
    (J'espère au moins que vous pourrez
    l'atteindre, ce lien ?)
     
        
    (A suivre ici)
     
     
     

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